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26 novembre 2009

Lutte contre les violences faites aux femmes : des avancées significatives

Hier 25 novembre, à l'occasion de la Journée mondiale contre les violences faites aux femmes, le gouvernement a annoncé une série de mesures depuis longtemps préconisées et attendues par les associations de terrain. Cela mérite d'être salué, et je tiens d'autant plus à le faire que je connais assez bien le sujet, pour être allée un certain nombre de fois en reportage dans ces associations, et avoir recueilli le témoignages de femmes m'expliquant combien il est difficile de sortir de l'enfer, quand il s'agit d'un enfer quotidien, conjugal et domestique. 


La lutte contre ce fléau a été propulsée "grande cause nationale 2010". C'est bien, n'en déplaise aux esprits chagrins qui diront qu'il y a sans doute plus important que de s'immiscer dans l'intimité des couples : comme chacun sait, une gifle de temps en temps, ça part facilement, et puis quoi, il y a des bonnes femmes qui font vraiment tout pour énerver leur mari.

C'est justement à cela qu'il faut s'attaquer : la violence envers les femmes est un problème de société qui perdure parce qu'il repose sur des stéréotypes sexistes qui ont la vie dure. Et non, ça ne concerne pas que quelques 'beaufs' has been qui appellent leur femme bobonne. Ouvrons les yeux, regardons la pub, la variété : le machisme est sans cesse flatté et remis au goût du jour dans un climat relativement complaisant.         

Parmi les mesures phares de ce nouvel arsenal juridique, la création d'un délit de violence psychologique au sein du couple (qui concernera aussi les maris victimes du harcèlement de leur épouse, oui, ça existe), et celle d'un régime de référé-protection qui permettra de protéger dans l'urgence les victimes, par exemple par une mesure d'éviction du conjoint violent, même avant un dépôt de plainte. Bravo.

Deux bémols cependant à mes louanges. Le premier concerne justement l'institution du délit de violences psychologiques. Pourquoi le limiter à la seule relation conjugale ? La violence psychologique dans une famille peut aussi s'exercer envers un enfant, ou un ascendant âgé, par exemple. Le dénigrement systématique, la dévalorisation de l'autre, les brimades, les humiliations font souffrir et détruisent autant que les coups. Pourquoi ne pas élargir la problématique et créer un délit de violence psychologique intrafamilial, qui s'appliquerait à toutes les formes de maltraitance ? 

Second bémol, on ne parle guère de prévention, à moins de considérer que le bracelet électronique ne soit une mesure de prévention, ce qu'il n'est évidemment pas : c'est une mesure destinée à éviter la récidive, ce qui est bien différent. 

La véritable prévention consisterait à s'attaquer aux racines des violences à caractère sexiste, en sensibilisant très tôt les plus jeunes. Pas facile, me direz-vous. Pourtant, des expériences intéressantes existent en ce domaine, y compris dans notre département dont Nicolas Sarkozy fut président du Conseil général. Je pense notamment à la "campagne d'éducation à la vie relationnelle et sexuelle" menée depuis plusieurs années dans les collèges des Hauts-de-Seine, grâce à un partenariat entre l'Education Nationale et les centres départementaux de planification familiale. 

Sous ce nom un peu ridicule, il s'agit non seulement d'informer les ados sur leur sexualité, mais de les aider à s'exprimer (en petit groupe) sur les difficultés relationnelles qu'ils peuvent rencontrer avec le sexe opposé. Pourquoi ? Parce que nos enfants manquent souvent de mots pour exprimer leurs émotions, leurs inquiétudes, leurs incompréhensions, leurs griefs. Cela ne leur est pas familier : leur environnement, et notamment les jeux videos, ne les prédisposent guère à cela. Pas besoin de s'embarrasser de sentiments pour cartonner dans l'univers de Prince of Persia. 

Or, dans la vie courante, les choses sont bien différentes. La campagne menée dans le département révèle des ados plutôt empruntés derrière une certaine agressivité verbale et des mots parfois très crus. Les filles en ont marre d'être jugées sur leur physique ; certaines s'inquiètent d'un petit ami jaloux et possessif. Nombreux sont les garçons qui avouent leur angoisse du rejet ou d'être 'traités de débile' (les injures suprêmes n'étant pas forcément les plus originales...). 

Rien de nouveau sous le soleil, me direz-vous. Certes. Mais il est important que ces peurs, ces sentiments puissent être verbalisés et laisser place au dialogue, à l'humour. Là où les mots ne passent plus, s'installent l'agressivité, la brutalité, le passage à l'acte. Je te veux, je ne suis par sûr que tu veuilles de moi, tant pis, je te prends. 

Pourquoi ne pas s'inspirer de cette expérience et la généraliser au niveau national ? L'éducation sexuelle, ce n'est pas seulement un cours d'anatomie et un exposé sur les méthodes contraceptives. 

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