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30 novembre 2009

La santé : un luxe ?

Les dépenses de santé des ménages français ont augmenté de 40% à 50% entre 2001 et 2009 : c'est ce que révèle une étude de la société Jalma (cabinet conseil spécialisé en protection sociale), citée dans Le Monde la semaine dernière. Ces coûts augmentent pour toutes les catégories d'assurés sociaux et représentent désormais, en moyenne, 5,4 % du revenu disponible des ménages. 

Les montants ont été obtenus en additionnant ce que les ménages versent pour être couverts par une complémentaire santé, et ce qui reste à leur charge après les remboursement effectués par l'Assurance maladie et ces complémentaires. 

La hausse est particulièrement importante pour les jeunes : selon Jalma, pour un jeune de 25 ans ayant souscrit une complémentaire santé à titre individuel, l'augmentation est de 68 %. 

Ces statistiques doivent être passées inaperçues de notre maire et député européen Philippe Juvin, qui persiste à affirmer qu'en comparaison avec certains pays (l'Afghanistan, et tout récemment le Vietnam), les français que nous sommes "baignent dans une opulence de soins". 

Encore faut-il avoir les moyens d'être bien soigné... Voilà sans doute qui mériterait d'alimenter le grand débat de M. Besson sur l'identité nationale : qu'est-ce-qu'un pays riche, qui a pour devise 'liberté égalité fraternité', et dans lequel l'accès aux soins devient de plus en plus inégalitaire ? 

28 novembre 2009

H1N1 : et maintenant, l'armée...

Face à l'affluence désormais constatée dans les centres de vaccination, et au manque de volontariat des professionnels de santé pour répondre à l'appel d'une campagne de vaccination massive, les pouvoirs publics avaient le choix.

La première option consistait à revenir sur l'organisation initialement choisie, et à confier la vaccination contre la grippe A aux médecins généralistes (qui, après tout, sont en première ligne chaque année avec la grippe saisonnière). Ce choix aurait permis une prise en charge personnalisée de chaque patient, le généraliste connaissant parfaitement ses antécédents, ses fragilités. C'est un choix logique, celui qu'ont adopté les autres pays européens. 

La deuxième option, celle qui a été choisie et annoncée par Nicolas Sarkozy en personne, consiste à réquisitionner un certain nombre de professionnels de santé (internes, médecins du travail) et à mobiliser le service de santé des armées. 

Pourquoi ?

Nos dirigeants craignent-ils que les généralistes ne soient pas suffisamment "bons prescripteurs" ? Ont-ils peur qu'ils conseillent à leurs patients d'autres produits que les vaccins initialement choisis et achetés en grande quantité par la ministre de la Santé ?

Ou bien Nicolas Sarkozy souhaite t-il, par cette mesure, nous indiquer que nous sommes dans une sorte d'état d'urgence, où tout bon citoyen se doit d'aller immédiatement se faire vacciner sans moufter ?  

Sans doute un peu des deux... 

27 novembre 2009

Vaccination H1N1 : évaluer le rapport bénéfice-risque...

Vous avez été très exactement 371 à consulter mon blog ces trois derniers jours, et essentiellement mes deux billets sur la grippe A et la vaccination. Comme l'a souligné Bérénice ce matin dans un commentaire, cela me confère une certaine responsabilité, un certain devoir d'exhaustivité. 

Je voudrais donc revenir sur les chiffres publiés hier par l'INVS (Institut National de Veille Sanitaire), à l'occasion de son bulletin épidémiologique. Ces statistiques montrent en effet une progression incontestable de l'épidémie, ainsi qu'une augmentation des décès supposés y être liés (il est toutefois intéressant de noter que dans 24 % des décès officiellement recensés, la présence du H1N1 n'a pas été confirmée par test virologique...). 

Faut-il pour autant céder au vent de panique que Roselyne Bachelot voudrait bien déclencher, quitte à friser l'indécence ? Je ne résiste pas à citer encore une fois le blog du Dr Christian Lehmann, qui épingle "la manipulation par la terreur employée par la Ministre de la Santé, toute honte bue, loin de toute éthique médicale, dans le simple but de sauver sa campagne vaccinale paramilitaire". 

Fin de la parenthèse, et retour à davantage d'objectivité. Encore une fois, en ce qui concerne les chiffres, je crois qu'il faut remettre les choses en perspective, pour que chacun de nous, chaque parent, puisse faire un choix aussi éclairé que possible.

Or, que nous dit ce dernier bulletin épidémiologique ? D'abord que le nombre de consultations pour infections respiratoires aigues (potentiellement liées à la grippe H1N1), estimé à 730 000, a augmenté de 72 % en semaine 47 (du 16 au 22 novembre), par rapport à la semaine précédente. Une progression inquiétante mais qu'il convient de relativiser puisque le taux d'hospitalisation reste stable (1%), et que le nombre de cas graves (ayant nécessité une réanimation ou des soins intensifs) est lui estimé à 43, toujours pour la même semaine.

Notons au passage que si l'on estime qu'au moins 1,5 millions de français ont été touchés par la grippe A depuis le début de l'épidémie (chiffre généralement donné dans les médias), le nombre total de cas graves recensés demeure modéré : l'INVS en recense très exactement 357, dont 18 % concernent des enfants de moins de 15 ans.  

Comme le rappelle Bérénice, une petite fille est décédée hier et ce drame nous a tous touchés personnellement, augmentant notre désarroi. Mais au-delà de l'émotion, il convient de revenir aux statistiques pour se forger une opinion de la situation. Ces chiffres nous disent que le nombre de décès imputés au H1N1, en France métropolitaine, demeure relativement faible : 68 depuis le début de l'épidémie. Il n'est pas inutile de rappeler que la banale grippe saisonnière est réputée tuer, chaque année, entre 1000 et 1500 personnes, l'estimation demeurant très imprécise faute de statistiques fiables... 

Cependant, incontestablement, le nombre de décès attribués à la grippe A s'est sensiblement accru lors des dix derniers jours : 16 ont été recensés entre le 16 et le 25 novembre. 

Qui sont les victimes ? Une évidence frappe au premier coup d'oeil : malgré la surmédiatisation de décès de personnes "n'ayant aucune autre pathologie", selon la formule désormais consacrée, 91 % d'entre elles présentaient un facteur de risque reconnu, soit 62 sur 66. L'analyse des cas graves permet de détailler ces facteurs de risques : pathologie respiratoire chronique (dont asthme), diabète, déficit immunitaire acquis, obésité, grossesse. En termes d'âge, 6 décès sont survenus chez des enfants de moins de 15 ans, 48 dans la tranche d'âge 15-64 ans et 14 chez les plus de 65 ans. 

Voila pour les chiffres, dont la froideur a cela de bon qu'elle nous permet de prendre un peu de recul. A ces données je voudrais ajouter une observation émanant d'enquêtes menées en Australie et en Grande-Bretagne : selon ces enquêtes, il semblerait en effet que des personnes n'ayant pas eu la grippe (et n'ayant pas non plus été vaccinées) présenteraient pourtant une séroconversion positive au H1N1, autrement dit, que leur organisme se serait naturellement immunisé au contact du virus, sans pour autant développer d'infection.  

Une fois tous ces éléments en tête, quelle décision prendre ? Comme le note Bérénice, c'est évidemment très difficile pour un parent d'évaluer où se situe le rapport bénéfice-risque. Faut-il faire vacciner ses enfants au plus vite, dans le cadre de la campagne gouvernementale, en prenant en compte la récente montée en puissance de l'épidémie et l'augmentation du nombre de décès ? Faut-il au contraire les protéger d'un vaccin "bâclé" (le Pandemrix), comme le dit le Dr Girard, en considérant qu'il est potentiellement dangereux ? Je rappelle ici que Marc Girard avait tiré la sonnette d'alarme en révélant que les rapports d'évaluation de ce vaccin publiés auprès de l'Agence Européenne du Médicament mentionnaient deux cas d'hépatite auto-immune (maladie gravissime du foie) après 400 tests pratiqués sur des enfants de 3 à 9 ans.  

La meilleure attitude est certainement la vôtre, Bérénice : demander conseil au professionnel de santé qui connaît le mieux votre enfant, pédiatre ou généraliste. Lesquels devraient être aujourd'hui, en toute logique et n'en déplaise à madame Bachelot, le pivot de cette campagne de vaccination.  

 
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