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10 décembre 2009

Adios, Kleber (1)

C'est aujourd'hui qu'est inauguré le second collège de La Garenne, baptisé "collège des Champs-Philippe" d'après le nom du quartier où il est implanté. Si vous trouvez que cette appellation manque d'originalité, lisez attentivement ce qui suit. Car le nom de ce collège, en apparence anodin, a une histoire qui l'est beaucoup moins...  

C'est l'histoire d'un maire UMP, Philippe Juvin, qui voulait donner au nouveau collège de sa ville le nom de l'auteur de son livre favori : Une Histoire de La Littérature Française, ouvrage de propagande nationaliste écrit en 1943 par Kleber Haedens, secrétaire particulier de Charles Maurras, journaliste à l'Action Française et dans quelques autres gazettes pétainistes... 

Mais comme c'est une longue histoire, que certains d'entre vous m'ont demandée de retranscrire en détails, je la raconterai en plusieurs épisodes.

Aujourd'hui : Kleber Haedens, la genèse d'une polémique     


Tout commence le 28 janvier 2008. Ce jour-là, en conseil municipal, Philippe Juvin émet le voeu que notre commune "fasse oeuvre de souvenir en ramenant à la surface un auteur important de la littérature française", Kleber Haedens, qu'il décrit comme "un esprit libre et anticonformiste". Il suggère en outre qu'Une Histoire de la littérature française soit distribuée à tous les élèves entrant en sixième, comme "leur premier livre critique". 

L'opposition de gauche vote contre, arguant que Kleber Haedens n'a aucun lien avec La Garenne, et dénonçant (à juste titre) un choix très personnel du maire. La majorité municipale fait ce qu'elle a toujours fait et continue de faire : elle adopte le voeu que Philippe Juvin lui demande d'adopter. Personne, -hormis sans doute notre maire- ne sait alors véritablement qui se cache derrière cet anticonformiste au nom bizarre. 

Fin de l'été 2008 : un internaute Garennois, qui avait eu la bonne idée d'interroger la Toile pour en savoir un peu plus, alerte les équipes d'opposition. En surfant, il est tombé sur un site royaliste au nom flamboyant : Royal-Artillerie, qui rend un vibrant hommage au regretté Kleber et retrace le parcours journalistique qui lui vaut cette célébration. 

Hormis l'Action Française, que nous situons aisément, le nom des autres gazettes auxquelles Haedens a prêté sa plume ne nous "parle" pas encore. Nous n'allons pas tarder à apprendre à les connaître, au terme de plusieurs semaines de recherches qui vont nous mener de la perplexité au doute, du doute à la consternation, de la consternation à l'indignation.

Pour faire court, disons que Kleber Haedens a collaboré à la plupart des revues nationalistes, fascisantes et antisémites de l'avant-guerre, depuis l'Insurgé (le journal de la Cagoule) au Je Suis Partout de Brasillach. Qu'il rédigeait la revue de presse de la très vichyste 'Action Française sous l'Occupation, période durant laquelle il fut le secrétaire privé de Charles Maurras, l'inspirateur de la Révolution Nationale du Maréchal Pétain. Qu'il ne dédaignait pas prêter sa plume à des revues de propagande pétainiste, notamment Compagnons. Et qu'après-guerre, une fois l'Action Française interdite de parution, il fit partie du petit comité d'inconditionnels qui aida Charles Maurras à publier depuis sa geole.

Nos recherches nous apprennent aussi que le livre de chevet de Philippe Juvin, Une Histoire de la littérature française, revêt le statut particulier d'oeuvre de référence pour les milieux nationalistes. Ouvrage de propagande commandé par un éditeur pétainiste, René Julliard, ce livre très orienté dénigre les philosophes des Lumières (coupables d'avoir inspiré la Révolution), et exalte les auteurs nationalistes. Son étude est vivement conseillée aux jeunes recrues de l'Action Française qui souhaitent se préparer à leur "université" d'été, le Camp Maxime Real Del Sarte.

Abasourdie par ces découvertes, à la mi-octobre 2008, l'équipe MoDem décide d'alerter les conseillers généraux, à qui il revient in fine d'entériner le nom choisi par Philippe Juvin. Mais la lettre ouverte que nous leur adressons arrive trop tard : Philippe Juvin, étrangement pressé de faire officialiser son choix, a fait en sorte de hâter le vote du département, et la commission permanente adopte le nom de Kleber Haedens le 20 novembre. 

Pas question, pourtant, de baisser les bras : en fait, la bataille ne fait que commencer. La diffusion de notre lettre ouverte, relayée par les médias, a porté l'affaire sur la place publique. Parallèlement, une pétition a été lancée, qui recueille plusieurs centaines de signatures en quelques jours. Nombreux sont les citoyens qui nous font part de leur soutien.  

Parmi eux, un ancien GI franco-américain, Bernard Dargols, survivant du débarquement à Omaha Beach, dont l'indignation nous servira de moteur pour les mois à venir : "en 1944, je ne me suis pas seulement battu contre l'occupant allemand", ne cessera-t'il de nous dire. "Je me suis battu contre la dictature, le fascisme. Mais quel sens a ce combat si aujourd'hui, le maire de la ville où j'habite réhabilite un de ceux qui ont contribué à alimenter tous ces torchons nationalistes et antisémites"?  

A suivre... 

     

Commentaires

Bravo,

Vous auriez fait un parfait sbire de la Tchéka.

Écrit par : ulysses | 08 décembre 2009

Vous auriez dû classer cet article dans la rubrique "humour", Martine.

Vous êtes un produit et une victime.

Pauvre bourgeoisie ! Vous êtes de plus en plus décervelées. Il n'y a finalement guère de différence entre vous et Besancenot...

Écrit par : Le Coq | 08 décembre 2009

Ulysses et Le Coq viennent gentiment d'illustrer mes propos sur Kleber Haedens. Loin d'être un parfait inconnu pour tout le monde, c'est un nom qui fait immédiatement réagir tout ce que notre pays compte d'inconditionnels de Radio Courtoisie, de nostalgiques de l'Ancien Régime, de nationalistes décomplexés et de xénophobes qui se défendent d'être racistes.
Je tiens cependant à préciser une chose : ce blog n'est pas une basse-cour pour la voletaille d'extrême-droite, quel qu'en soit le plumage. Les commentaires sont modérés : prenez cela comme un avertissement.

Écrit par : Plum'Orange | 08 décembre 2009

Kléber Haedens fut un «écrivain du bon plaisir». Amoureux du foie gras, du bel canto et de la tauromachie, chantre du ballon ovale et mousquetaire de la critique, il eut pour frères d'armes Roger Nimier, Paul Morand, Antoine Blondin ou Michel Déon. Ses romans - Salut au Kentucky, Adios, L'été finit sous les tilleuls - échappent aux modes livresques et son Histoire de la littérature française est une fraîche promenade au jardin des lettres. Surnommé par Blondin «le fratriarche», il vécut les nuits montparnassiennes avant de quitter, en 1953, Paris, «cette minuscule marmite», pour les délices de la province toulousaine.

Écrit par : adios | 08 décembre 2009

@ Adios
Merci pour votre contribution, même si ce n'est qu'un simple copier-coller de la 'biographie' édulcorée et superficielle que l'on peut encore trouver un peu partout (celle de wikipedia s'approche bien davantage de la vérité!). Biographie d'ailleurs directement inspirée de celle écrite par Etienne de Montety, "Salut à Kleber Haedens".
Cette présentation tronquée fait abstraction de tout ce qui fait que KH est devenu une figure de référence pour l'extrème-droite, à savoir sa carrière de polémiste engagé dans des revues nationalistes et fascisantes.
Il faut dire qu'Etienne de Montety, directeur du Figaro Littéraire, semble être un spécialiste de la réhabilitation des écrivains appartenant à ce courant de pensée de la droite nationaliste d'avant-guerre, que l'on appelle aujourd'hui pudiquement Nouvelle Droite.
Avant de consacrer un bouquin à Kleber Haedens, Montety avait écrit la biographie de Thierry Maulnier, qui, avant d'obtenir son fauteuil à l'Académie Française, prônait clairement un "antisémitisme raisonnable"...
Pour cerner au plus juste qui fut exactement Kleber Haedens, je vous renvoie plutôt vers l'article écrit par Pierre Assouline sur son blog le Monde des Livres :
http://wikiwix.com/cache/?url=http://passouline.blog.lemonde.fr/2008/11/24/le-ton-monte-a-la-garenne-colombes/

Écrit par : Plum'Orange | 09 décembre 2009

"anticonformiste au nom bizarre"
Qu'est ce qui gênant? Qu'il soit anticonformiste, c'est a dire qu'il ne pense pas comme nous? Ou bien qu'il ait un nom bizarre, "pas de chez nous" ?

A part ca, l'Action Française alertait tout le monde du danger National-Socialiste, pendant que les communistes faisaient la propagande de Hitler et de Staline, et que les partis centristes attendaient sans se mouiller.

Les communistes ayant changé de camp en cours de route, ils se sont vengés sur Maurras a la Libération.

Notez de plus que les Royalistes étaient les premiers résistants (Honore d'Estienne d'Orves http://www.actionfrancaise.net/histoire-honore_d_estienne_d_orves.htm etc...).

Laissez-moi maintenant faire quelques suggestions:
- Votre veteran de l'Armee Americaine pourrait peut-etre s'occuper d'abord des 'exactions' de son pays depuis 1945. Beaucoup de travail en perspective. Il pourrait aussi exiger la nationalisation du fabricant de voiture Ford, dont le fondateur etait un admirateur en sponsor du 3-ieme Reich. http://www.monde-diplomatique.fr/2007/04/LOWY/14601

- Nous devrions aussi faire débaptiser la station de métro Marx-Dormoy, dont les propos sur les refugies d'Europe de l'Est avant-guerre, lui vaudraient de la prison. http://fr.wikipedia.org/wiki/Marx_Dormoy#cite_note-0 . Idem Voltaire, au propos plus que douteux.

Bon nettoyage !

Écrit par : Plotch | 11 décembre 2009

@ Plotch

Ce que j'entends par "anticonformiste", c'est que c'est une appellation du jargon d'extrême-droite pudiquement employée par les initiés pour dire "nationaliste" ou "fasciste"

Ce que je veux dire par "anticonformiste au nom bizarre", c'est que personne, à La Garenne, n'avait entendu parler de ce nom ni ne pouvait le retenir. Une aubaine pour Philippe Juvin qui était sans le doute le seul à connaître la signification de l'hommage qu'il voulait rendre.

Pour ce qui est de "à part ça, l'Action Française alertait tout le monde des dangers du national-socialisme", vous me faites bien rire. L'Action Française n'aimait ni Hitler ni le socialisme (fût-il "national"), c'est vrai, mais elle idolatrait le Duce. L'AF prônait la Révolution Nationale qui n'était qu'une adaptation locale du fascisme.

Pour le reste, vous avez bien appris votre manuel de l'AF. Félicitations, avec un peu de chance vous aurez votre diplôme du CMRDS, promotion Kleber Haedens.

Écrit par : Plum'Orange | 11 décembre 2009

ça pue tout cela !

Écrit par : Valérie | 11 décembre 2009

L'AF prônait la Révolution Nationale qui n'était qu'une adaptation locale du fascisme".

Cette phrase est d'une pure idiotie historique. La Révolution nationale n'était pas une adaptation locale (la France esqt donc une localité? de quel ensemble plus vaste?) du fascisme, non, non, vous confondez avec le PCF, antenne locale du PC soviétique et dont les leaders étaient les marionnettes de Moscou.
En plus d'être d'un conformisme de gauche de bon aloi dans vos milieux, vous êtes une sotte, Madame, mais vous dormez maintenant la conscience tranquille. Ne lisez pas trop de livres, ça risquerait de vous empêcher de dormir! Votre parti de pseudo-branchés pathétiques, n'aura jamais ma voix, je préfère voter directement socialiste.
Cela dit, vous n'avez pas tort: ce Kélber Haedens est un total inconnu au bataillon. Tout comme Dulcie September, par exemple. Vous la connaissez, cette dame? Et pourtant 186 collèges en France portent son nom. Et pourquoi? Cherchez donc une réponse politique à cela.

Écrit par : emil traianescu | 11 décembre 2009

Les commentaires sont fermés.

 
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