Avertir le modérateur

09 décembre 2009

Adios, Kleber (2)

Suite donc de mon récit consacré à l'affaire Kleber Haedens : comment le choix du nom d'un collège, bien avant le lancement du débat sur l'identité nationale, a amené les Garennois à réfléchir sur les valeurs qu'ils souhaitent transmettre à leurs enfants... 

Second et avant dernier épisode : un Front Républicain pour dire non à Kleber Haedens

Je l'ai dit, c'est l'adoption officielle du nom de Kleber Haedens par le Conseil Général, le 20 octobre 2008, qui porte véritablement l'affaire sur la place publique. A ce moment-là, les opposants à KH ne se sont pas encore coordonnés, mais ils disposent déjà d'un outil pour faire valoir leurs arguments : un blog citoyen, animé par un certain PhilBert, a pris la tête du combat en publiant toutes les informations disponibles sur KH, son parcours, son oeuvre. Les Garennois le connaissent bien : sur bien d'autres sujets, le Buzz de la Garenne (http://lagarenne-colombeslebuzz.blogs.courrierinternation...) s'est illustré comme une arme redoutable pour contrer la propagande municipale. 

Une des grandes réussites de ce blog est certainement d'avoir compilé tous les soutiens apportés à Philippe Juvin dans sa tentative de rendre hommage à l'ancien secrétaire particulier de Charles Maurras. Vous pouvez encore les consulter, dans la colonne de droite, si vous ne craignez pas la nausée : on y trouve en vrac toutes les composantes de la droite nationaliste, depuis les différents groupuscules royalistes jusqu'aux identitaires, en passant par l'incontournable Front National (Jean-Marie Le Pen est un autre lecteur inconditionnel de Kleber Haedens).     

Ceci dit, ce n'est pas le Buzz, à lui seul, qui explique pourquoi Philippe Juvin a finalement perdu la bataille. Notre maire a largement contribué à sa propre défaite, par orgueil sans doute, par soif immodérée de provocation, assurément. 


En effet, la décision du Conseil Général ne saurait suffire à notre amateur de littérature anticonformiste. Pour entériner en grande pompe le baptème du deuxième collège de la ville, il a prévu une "cérémonie de pose de la première pierre" en présence de l'Académicien Jean d'Ormesson, qui vient de préfacer la réédition d'une Anthologie de la poésie française... signée Kleber Haedens. Qu'importe si le chantier est déjà bien avancé, et les murs sortis de terre depuis longtemps : ce n'est pas un bâtiment que l'on est censé célébrer, mais bel et bien le nom qu'il porte!  

Face à cette initiative, la résistance s'organise. Des Garennois, auxquels se joignent des militants Modem, PS, et PCF se regroupent dans un collectif et lancent un appel républicain. Une manifestation est prévue pour le mercredi 25 novembre, date de la cérémonie de la première pierre. Sur le marché du samedi, citoyens encartés et non-encartés tractent ensemble. Du jamais vu à La Garenne ! 

Philippe Juvin riposte. Il mobilise ses conseillers municipaux, ainsi que l'UMP locale, pour distribuer un tract où il dénonce "une manipulation politicienne", un grand classique du genre. Ce document, que vous pourrez aussi trouver sur le retour de buzz, multiplie approximations, contre-vérités et gros mensonges. Je ne vais pas disséquer encore une fois ce document minable, je l'ai fait en détail sur le blog du MoDem : (http://blog.modem-lgc.com/?p=173=) 

Deux exemples suffiront pour prouver que dans l'histoire, Juvin a pris son équipe et ses administrés pour des imbéciles, et qu'il a sciemment cherché à les tromper. 

Kleber Haedens est ainsi présenté comme un auteur reconnu ayant reçu le Prix Jules de Goncourt, que beaucoup de Garennois pressés ou distraits auront traduit en "Prix Goncourt". Las ! Le Prix Jules de Goncourt est une grosse farce imaginée par deux auteurs exclus du fameux jury, à la Libération, parce qu'ils étaient suspectés de collaboration. C'est un prix dissident qui n'a de valeur que dans le cercle fermé des "anticonformistes de droite", qui rejettent le "terrorisme intellectuel de gauche" qui a selon eux prévalu dans la littérature d'après-guerre. 

Encore plus fort : Philippe Juvin avance les noms de l'écrivaine Irène Frain et du maire de Toulouse, Dominique Baudis, comme caution morale, en affirmant qu'ils dirigent une association des Amis de Kleber Haedens. Vérification faite auprès des intéressés, il s'avère que la première n'a jamais entendu parler de cette association ; quant au second, il subventionne le prix littéraire qu'elle décerne chaque année, mais il ne la préside pas et ignore tout du passé de Kleber Haedens. 

Nos recherches continuent. Internet ayant livré tous les secrets qu'il détient sur Kleber Haedens, ou presque, nous nous rendons à la Bibliothèque Nationale de France. C'est là que nous découvrirons, notamment, les pamphlets antirépublicains publiés en 1937 dans l'Insurgé, journal ouvertement pro-mussolinien. Je dénicherai aussi un texte où KH s'en prend aux professeurs, accusés d'abêtir des générations de jeunes Français en leur faisant étudier un programme médiocre où Voltaire figure en trop bonne place... Un comble, pour un auteur que l'on souhaite honorer en donnant son nom à un collège !       

Fin novembre, les intellectuels entrent dans la danse. Etienne de Montety, directeur du Figaro Littéraire, se fend d'un article pour dénoncer les "sots" qui s'opposent à ce que Kleber Haedens donne son nom à un collège. "En plaçant les collégiens sous le signe bienveillant de Kleber Haedens, le maire deur donne une chance d'acquérir une vertu qui ne figure pas au programme : la liberté de penser", affirme-t'il.

L'intervention de Montety n'est pas une surprise. Quelques mois plus tôt, il a publié une biographie insipide et édulcorée de Kleber Haedens, qui rend hommage à l'écrivain à la plume acérée et au bon vivant, sans s'apesantir sur son passé de polémiste engagé. L'Insurgé, le Journal de La Cagoule, y est dépeint comme un journal extraordinaire, ou chaque rédacteur jouit d'une exceptionnelle liberté d'expression... Montety, soit dit en passant, semble se spécialiser dans la réhabilitation des écrivains appartenant à la mouvance nationaliste d'avant-guerre. On lui doit également une biographie de Thierry Maulnier, qui, avant d'obtenir un fauteuil à l'Académie Française, militait pour un "antisémitisme raisonné" (!!!).

Pierre Assouline, fin spécialiste de la droite littéraire, risposte deux jours plus tard sur son blog le Monde des Livres (http://passouline.blog.lemonde.fr/2008/11/24/le-ton-monte...), et remet les pendules à l'heure. Kleber Haedens était un écrivain plaisant, mais c'était un second couteau de la littérature, et surtout, un contributeur prolifique des revues maurassiennes, antirépublicaines et antisémites. Déplorant le choix de Philippe Juvin, il note avec élégance : "La France ne manque pas de grands écrivains à honorer tout en honorant une école". 

Le 25 novembre marque un nouveau tournant dans notre combat. Ce jour-là, nous sommes une cinquantaine à manifester aux abords de ce futur collège que nous nous refuserons toujours à nommer collège Kleber Haedens. Jean d'Ormesson, devant les micros et les caméras que sa présence draine immanquablement, vient à notre rencontre et nous "supplie de croire que la littérature est au-dessus de la politique".

Mais les micros sont aussi ouverts pour les opposants, et nous bénéficions d'une nouvelle tribune. Surtout, Jean d'Ormesson, répondant à la question d'un journaliste de France 3, a cette phrase incroyable : "Oui, Kleber Haedens était un écrivain d'extrême-droite". Un véritable coup dur pour Philippe Juvin, qui avait toujours prétendu que "Kleber Haedens n'avait jamais rien écrit de politique". 

Plus discrète que la bataille médiatique, une autre bataille s'engage sur le plan juridique. La décision par laquelle le Conseil Général a baptisé le second collège de La Garenne est en effet contestable, à double titre. Sur la forme, parce qu'elle est intervenue avant que le conseil d'administration de l'établissement n'ait donné son avis, ce qui est contraire à la loi. Sur le fond, parce que le nom de Kleber Haedens, qui demeure un symbole pour les nationalistes de tout poil, ne répond pas à l'exigence de neutralité requise dans la dénomination des édifices publics. 

Quatre recours en annulation sont finalement déposés peu avant Noël. Ils sont portés par des parents d'élèves, des enseignants, des habitants du quartier des Champs-Philippe où le collège est implanté. Il m'incombera d'aller les déposer moi-même au Tribunal Administratif de Versailles. Ce jour-là, j'ai eu l'impression bizarre, un peu intimidante, d'accomplir une démarche dont l'enjeu me dépassait largement. 

Commentaires

Des Hussards dont certains élus, toujours les mêmes, manifestement se délectent ...

Quelles sont les autres villes, en France qui ont déjà réhabilité de ces soi-disant "hussards" dont on nous a dit (c'est d'ailleurs faux) que Haedens faisait partie ?

- Nice où Jacques Peyrat, CNI au départ puis député FN de 1986 à 1988 avant de rejoindre les rangs du RPR puis de l'UMP a donner le nom de Thierry Maulnier à un lycée.

- Orange où Jacques Bompard, fondateur du Front National a donné le nom de Jacques Laurent à une rue.

La Garenne-Colombes a bien failli emboiter le pas ... Pour nous, ce fut : NON !

Écrit par : PhilBert | 09 décembre 2009

Il faut reconnaitre à Etienne de Montety, excepté un fort attachement à tout ce qui est royaliste une qualité, celle de bon commercial. Faire la promotion de Kleber Haedens comme il l'a fait est symtomatique de quelqu'un qui va peut-être vendre 700 bouquins par an. Il n'y a pas de secret dans notre monde matérialiste.

Écrit par : PhilBert | 09 décembre 2009

Bravo, j'ose avouer que cette manifestation devant le collège des Champs-Phillippe fut très émouvante.
Voir M. Dargols amoureux de la Liberté face à M. d'Ormesson amoureux de la Littérature : Quelle image !!!!

Écrit par : Patrice | 09 décembre 2009

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu