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15 décembre 2009

Débat sur l'identité nationale ou réhabilitation du nationalisme ?

Il y a quelques jours, j'achevais sur ce blog le récit de l'affaire Kleber Haedens, qui agita notre commune neuf mois durant, d'octobre 2008 à juin 2009. Pour les internautes qui arriveraient ici sans savoir de quoi il retourne, je les renvoie à la lecture de mes trois billets "Adios, Kleber!", qui racontent dans le détail comment un collectif de citoyens est parvenu à obtenir que notre maire, Philippe Juvin (UMP), revienne sur sa décision de baptiser un collège du nom de Kleber Haedens, un écrivain méconnu qui fut le secrétaire particulier de Charles Maurras pendant la guerre, et collabora à de nombreuses publications nationalistes, fascisantes et antisémites, parmi lesquelles l'Action Française et Je Suis Partout.  

Durant toute cette affaire, notre collectif a été taraudé par deux questions : le choix du nom de Kleber Haedens était-il "seulement" un choix personnel de notre maire, amateur autoproclamé de "hussards" et autres "anarchistes de droite" ? Ou bien ce choix était-il le reflet, le symptôme d'une droite décomplexée revendiquant l'héritage spirituel du nationalisme ?

Maintes fois soulevé, ce débat n'a jamais reçu de véritable réponse. Pour ma part, je me suis souvent interrogée sur la seconde hypothèse. Après tout, Sarkozy lui-même, en 2005, avait bien fait allusion au "pays réel" de Maurras, et Hortefeux proclamé "qu'il était anormal de vouer Vichy si longtemps aux gémonies".  

A la vue de l'actualité, aujourd'hui, j'ai bien peur que cette intuition ne soit fondée. Tout le monde, je suppose, a entendu parler du dérapage de Nadine Morano, parlant des jeunes musulmans français, à qui elle demande de ne pas parler verlan et de ne pas mettre leur casquette à l'envers. Des propos d'une rare stupidité sur lesquels je ne m'étendrai pas.

Ce qui m'intéresse, en revanche, c'est le contexte dans lequel ce dérapage est survenu : un débat sur l'identité nationale organisé à Charmes, ville natale de l'écrivain Maurice Barrès, considéré comme le père du nationalisme, et ce, à la demande explicite du député UMP Jean-Jacques Gaultier.   

Au sujet de Barrès, Kleber Haedens écrivait, dans son Histoire de La Littérature Française (le bouquin que Philippe Juvin avait envisagé de distribuer à tous les petits Garennois entrant en sixième, pour développer leur esprit critique...) : "avec le Roman de l'énergie nationale, il révélait le sens de la tradition, des ancètres, de la terre natale enrichie par la présence des morts... Ainsi l'individu, après une exploration magnifique de son univers intérieur, trouvait-il son épanouissement logique dans la société nationale. A l'aube du XX ° siècle, Barrès inventait le nationalisme qu'il éclairait de tous les prestiges de l'intelligence et du frémissement d'un incomparable langage".   

Le Président de l'association locale "Mémoire de Barrès" était invité comme grand témoin à cette édition vosgienne du débat sur l'identité nationale, indique l'AFP. Il a défendu le nationalisme de Barrès, par opposition au cosmopolitisme, et assuré que "la patrie est plus forte dans l'âme d'un enraciné que dans celle d'un déraciné".

Quitte à jouer la provocation, je pense que la symbolique du lieu choisi pour cette réunion, ainsi que la présence d'un disciple de Barrès parmi les invités d'honneur, sont des faits au moins aussi graves que les propos de Nadine Morano.

Que devons-nous en penser ? Ce prétendu débat n'est-il pas, au fond, une manière de réhabiliter une idéologie perverse qui légitime le racisme au nom de la ferveur patriotique ? Quelle sera la prochaine étape ? Barrès, Maurras, Haedens au programme du cours d'éducation civique ?

A La Garenne, nous avons su nous mobiliser pour dire NON à une tentative qui relevait essentiellement de l'hommage symbolique. Ce qui se joue à travers le débat sur l'identité nationale n'est autre que le prolongement de cette affaire : ce sont nos valeurs que l'on cherche à remettre en cause, sous prétexte de les interroger. On nous a déjà soufflé qu'il était temps de mettre des limites à la valeur "solidarité", qui entretient l'assistanat, et de lui préférer la valeur travail et le goût de l'effort. On nous suggère aujourd'hui de mettre de réviser notre conception de la tolérance et de la diversité, parce que notre identité nationale serait mise en danger. 

Il est temps de transposer le combat que nous avons mené à La Garenne et de le porter à une autre dimension, à un autre niveau.   

 

Commentaires

Je crains que vous ne voyez malheureusement juste, Plume Orange.
Il y a quelques jours, c'était au tour du permier ministre François Fillon de citer Bainville.

http://www.humanite.fr/2009-12-07_Societe_Le-deshonneur-de-Fillon

Soit le premier ministre utilise le mêne "nègre" que son mentor ce qui expliquerait alors cet acharnement à citer des écrivains de la droite de la droite soit l'épidémie gagne du terrain. Je ne sais pas, bien que j'aie une petite idée sur le sujet ...
C'est soixante cinq millions de doses de vaccin anti-nationaliste qu'il va bientôt nous falloir. Vaccinez vous au plus vite. Un centre vient d'ouvrir à la Garenne, il s'appelle Plum'Orange.

Écrit par : Victor L. | 16 décembre 2009

Alors que la question de l’Identité Nationale devrait être un facteur de cohésion nationale, ce débat est depuis son lancement un terreau de la division nationale. La question de l’Identité Nationale est une question qui doit être portée par les citoyens et non pas instrumentalisée par les hommes politiques. Là est vraiment le problème à mon sens.
Comme l'a dit une personnalité de la droite gaulliste, Dominique de Villepin, "Un mauvais débat ça ne se suspend pas; ça s'arrête !"

Écrit par : Sébastien B | 17 décembre 2009

Les commentaires sont fermés.

 
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