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22 décembre 2009

Conservatoire de musique : les couacs

sik.gifIl arrive encore à Philippe Juvin de se souvenir qu'il est Garennois. Dans ces moments là, il nous gratifie sur son blog de billets "couleur locale", comme ce fut le cas ce week-end, avec un article sur le traditionnel Concert de Noël du Conservatoire. Ce dernier lui servant de prétexte pour entonner l'un de ses refrains favoris : la Garenne peut s'enorgueillir d'un Conservatoire qui dispose de tous les moyens nécessaires pour accueillir tous ceux qui souhaitent faire de la musique, etc.

Dans la version Noël 2009, assez politique, ça donne : "le Conseil municipal votait d'ailleurs le même jour une augmentation de subvention de 7%  afin que le Conservatoire puisse répondre positivement à toutes les nouvelles demandes d'inscriptions. Conformément à la politique que j'ai mise en place afin de favoriser l'enseignement musical, tous les élèves doivent avoir facilement accès au Conservatoire, sans passer par une liste d'attente. La ville finance systématiquement toute nouvelle plage horaire qui serait nécessaire. Il est regrettable que l'opposition n'ait pas voté cette augmentation de subvention...". 

Alors là, STOP, Monsieur Juvin. Une nouvelle fois votre discours est hypocrite et mensonger. Il est faux de dire que tous les Garennois, et notamment les enfants, peuvent avoir accès au Conservatoire s'ils le souhaitent. Il serait plus juste de dire qu'ils le peuvent s'ils en ont les moyens : en l'absence de barême fixé sur le quotient familial, cela coûte 325 €/an pour un cursus complet (solfège + instrument), quel que soit le niveau de revenu des familles. Un tarif qui n'est certes pas parmi les plus chers du département, mais qui demeure tout de même très élevé pour les foyers modestes...  

C'est précisément parce que cette rallonge budgétaire n'améliorait en rien l'égalité devant l'accès à la culture dans notre commune que l'opposition a choisi de s'abstenir, et je comprends ses raisons. 

Par ailleurs, je crois que monsieur le Maire devrait cesser de se gargariser des capacités de notre Conservatoire à absorber de nouveaux élèves. Il n'y a pas de quoi se vanter, quand les locaux du Foyer des Arts et Loisirs frisent l'asphyxie, et ne sont pas à même d'offrir de bonnes conditions d'étude aux instrumentistes et à leurs professeurs.

Le Conservatoire, voyez-vous, je connais. J'y suis élève depuis plusieurs années, ainsi que mes trois enfants. Nous répétons dans des "studios" surchauffés, aux pianos éternellement désaccordés (à cause des variations de température), et à l'insonorisation inexistante. Si vous êtes flûtiste, comme moi, et qu'un trompettiste travaille dans la salle à côté, il vous faut une capacité de concentration surhumaine pour venir à bout de vos exercices sans craquer...

En l'absence de salle de répétition dédiée aux ensembles instrumentaux et à l'orchestre, la préparation de chaque concert est une gageure, un immense bricolage. Les salles les plus vastes sont convoitées et prises d'assaut. L'orchestre répète dans les locaux étriqués du Centre de Loisirs, conçus pour le travail manuel et extrêmement sonores. Pour s'entendre jouer, une seule solution : faire l'impasse sur les nuances et jouer plus fort que le voisin, tout en jouant des coudes pour garder l'espace vital nécessaire. Les collisions entre instruments sont fréquentes, et tout le monde n'a pas la chance d'avoir une vue dégagée sur le chef d'orchestre. Au début, ça amuse. Rapidement, ça lasse.

La politique de "large accueil" voulue par Philippe Juvin a aussi son revers de la médaille. Les élèves sont loin d'être tous motivés et prêts à faire l'effort nécessaire que demande l'étude de la musique. Beaucoup d'enfants sont inscrits par leurs parents pour de simples raisons de standing familial. Malgré les efforts de discipline entrepris par la direction du Conservatoire, certains dilletantes poussent le bouchon jusqu'à monter sur scène sans avoir assisté à aucune répétition. 

Dans ces conditions, l'excellence ne peut plus être visée. Le programme des concerts se limite désormais à des morceaux simples à monter (en trois ou quatre répétitions) et parfois recyclés sur plusieurs saisons. Il n'est plus question de se dépasser pour offrir le meilleur de nous-mêmes au public, mais s'assurer une prestation aussi correcte que possible.   

Celle de vendredi dernier a pu faire illusion. Une fois encore, les professeurs n'ont pas ménagé leur peine pour "faire avec" ces mauvaises conditions de travail. Bien des prestations présentées étaient remarquables, et méritaient d'ailleurs mieux que le brouhaha ambiant de la salle des fêtes. Toutefois, il y a eu suffisamment de couacs à l'orchestre vendredi soir pour qu'il n'y ait pas de morceau bissé en prime, malgré les applaudissements nourris d'un public acquis d'avance. Cette petite entorse à la tradition est un signe de notre directrice, Isabelle Verbecke, et j'espère qu'il sera compris comme tel.   

Puisque la subvention, déjà conséquente, versée au Conservatoire, semble augmenter inexorablement, je crois qu'il serait bon que notre ville s'interroge sur les objectifs qu'elle assigne à ce Conservatoire. 

S'agit-il de donner satisfaction à toutes les familles aisées qui tiennent la pratique de la musique pour un élément indispensable de leur standing, et veulent voir leur enfants parader sur scène une ou deux fois l'an pour prendre de jolies photos ? Ou bien s'agit-il d'avoir un Conservatoire digne de ce nom, doté des équipements nécessaires pour accueillir ceux qui ont vraiment envie de s'investir dans la pratique exigeante de la musique ?      

 

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