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08 janvier 2010

L'ascenseur social ne se répare pas à coups de quotas...

Faut-il imposer des quotas de boursiers dans les grandes écoles pour assurer la mixité sociale au sein de l'élite républicaine ?Le gouvernement avait avancé l'idée, au nom du principe de "discrimination positive" cher à Nicolas Sarkozy. La Conférence des Grandes Ecoles (CGE) a fait savoir qu'elle rejetait un tel système, le jugeant -non sans raison- "antinomique avec le principe d'égalité devant le concours".

Cette position courageuse lui a valu les foudres de Richard Descoings (directeur de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris), Alain Minc (essayiste), ainsi que celles de l'industriel François Pinault. Ces deux derniers se sont d'ailleurs fendu d'une tribune commune dans Le Monde daté du 6 janvier. Un monument de démagogie où ils font part de leur "haut-le coeur" devant une position aussi "réactionnaire", et dénoncent l'inconséquence de ceux qui, "en toute sérénité, ont signé ce manifeste", "méconnaissent le grondement qui vient de la société", et "ne mesurent ni les urgences ni les priorités du moment".  

Je pense exactement le contraire. En prenant le risque de l'impopularité pour défendre le principe d'égalité devant le concours, les grandes écoles défendent un des fondements de notre système éducatif : des épreuves et des systèmes de notation identiques pour tous. Nombre d'entre elles ont d'ailleurs revu le contenu de ces épreuves pour modérer, autant que possible, le poids des disciplines socialement discriminantes (français, langues vivantes, culture générale...). Elles proposent également de mettre en place un système de soutien personnalisé pour aider les élèves issus de milieux modestes à progresser dans les matières où ils sont le moins à l'aise. Pourquoi pas ? Il y a, bien sûr, des inégalités à compenser : tout le monde ne peut pas offrir à son enfant des cours particuliers ou un stage de langue aux USA. 

Sous ses airs volontaristes, la mise en place de quotas est une fausse bonne solution, une idée aussi populiste que, finalement, antisociale. De quoi s'agit-il, en effet ? De faire l'aumône de quelques places dans des établissements de prestige, pour se donner une bonne conscience sociale (et exhiber les heureux élus devant les caméras ?), sans régler sur le fond les problèmes qui empèchent les élèves issus de milieux moins favorisés de réussir autant et aussi bien que les autres. 

"On ne fait pas de quotas lorsqu'il s'agit de diplômes universitaires, on ne fait pas de quotas lorsqu'il s'agit de ce qu'il y a de plus républicain qui est le concours. Un concours c'est tout le monde à égalité", a déclaré aujourd'hui à ce sujet François Bayrou sur BFM-TV, pour qui "l'idée qu'on puisse distribuer des titres universitaires selon l'origine familiale est une idée qui est profondément choquante". "On n'a pas besoin de la charité quand on vient de milieux moins favorisés, on a besoin de la justice, on n'a pas besoin d'avoir des quotas, on a besoin d'avoir un enseignement primaire et secondaire qui tienne la route", a t-il ajouté.

C'est en effet l'un des grands défis qui se posent à nos responsables politiques : comment réinventer l'école pour faire à nouveau coïncider égalité des chances et égalité républicaine devant les examens et les concours ? Nul, je crois, ne néglige l'importance et l'urgence de cette question. Mais elle mérite mieux que des bricolages cache-misère... surtout si ces bricolages ont pour effet collatéraux d'ébranler ce qui doit être à tout prix sauvegardé.   

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