Avertir le modérateur

26 avril 2010

Quand la xénophobie gagne du terrain

a622_image005.jpegIl y a un peu plus d'un an, m'était parvenue une invitation à un colloque dont le thème était ainsi formulé : y a  t-il une xénophobie d'Etat ? J'avoue qu'à l'époque, l'intitulé m'était apparu quelque peu excessif, même si je fais partie de celles et ceux qui n'ont jamais digéré la création d'un ministère de l'immigration et de l'identité nationale. 

Quelques mois plus tard, la question ne me semble plus du tout outrancière, et bien pire que cela, je pense que l'on peut passer de la forme interrogative à la forme affirmative. Oui, la France de Sarkozy est devenue une France xénophobe.

Je ne m'étendrai pas sur l'affaire de cette conductrice nantaise portant le niqab, dont le mari serait soupçonné de polygamie et de fraude aux allocs. Tout a été dit, ou presque, sur la manière dont cette situation particulière a été instrumentalisée et surmédiatisée par un pouvoir avide de séduire l'électorat d'extrême-droite. A tel point que le mitraillage de la mosquée d'Istres est passé, lui, quasiment inaperçu.  

Un mot, quand même, sur la manière dont Hortefeux (chaudement fécilité par Le Pen) a demandé à son collègue Besson d'examiner la manière dont le supposé polygame pourrait être "déchu de la nationalité française", avant même que les faits ne soient vérifiés et examinés au regard du droit. Il semble que désormais, en France, ce soit le Ministre de l'Intérieur qui rende la justice et même fasse la loi, puisque celle-ci, a répondu Besson, pourrait être "aménagée" dans le cas où les textes en vigueur ne permettent pas d'obtenir la sentence souhaitée. C'est tout simplement hallucinant. 

Mais au-delà de ce fait divers, non moins inquiétante est la banalisation et l'institutionnalisation d'un racisme "administratif", qui s'insinue là où on s'y attendrait le moins, sous des prétextes plus ou moins fallacieux. C'est ainsi que depuis l'automne, la FFF (Fédération Française de Football) exige que les enfants souhaitant s'inscrire à un club de foot fassent la preuve qu'ils résident sur le territoire depuis au moins cinq ans...

Raison invoquée : mettre fin au trafic de jeunes joueurs (quelques cas par an), comme le souhaite la FIFA (Fédération Internationale de Football). Sauf qu'en l'occurence, la FFF outrepasse largement les recommandations de la FIFA, qui se limitent à préconiser un examen attentif en cas de délivrance d'une première licence, et n'imposent un délai de résidence de cinq ans que dans le cas très précis de transfert international de mineur.   

Concrètement, pour les parents d'origine étrangère, l'inscription de leur enfant à un club de foot est devenue un vrai parcours du comabttant. Dans certaines ligues appliquant à la lettre les consignes de la FFF, on exige qu'ils produisent pas moins de cinq documents : justification d'activité professionnelle pour au moins l'un des deux parents, permis de travail, justificatif officiel de résidence, justificatif d'identité et de nationalité des parents, justificatif du lien de filiation.

D'après le Quotidien Le Monde, rien que pour l'Ile-de-France, 800 enfants se seraient vu refuser la délivrance de leur première licence en octobre dernier. Pour eux, s'ils se sont obstinés à chausser les crampons, pas de match, rien que des entraînements... 

La Ligue des Droits de L'Homme a annoncé son intention de saisir la justice pour pratiques discriminatoires. Pour elle, aucun doute, cet excès de zèle est "un choix d'image et de symbolisation de la FFF, qui joue la carte gouvernementale". Rama Yade, quant à elle, est bien silencieuse sur la question...

    

 

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu