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11 juin 2010

C'est ça la France de Sarko (1)

sarkoFrance3-420.jpgAugustin Scalbert, journaliste spécialisé dans les médias à Rue 89, vient d'être mis en examen pour recel. Aurait-il planqué au bureau des bijoux dérobés par un braqueur ? Des toiles de maître chez lui ? 

Non. Le "crime" d'Augustin Scalbert serait plutôt un crime de lèse-majesté. Il fait partie des quelques journalistes qui, en juin 2008, on décidé de mettre en ligne une vidéo montrant le Président de la République avant une interview sur le plateau de France 3. Un Sarkozy tel qu'en lui-même, bourré de tics et plein de suffisance, qui s'emporte contre un techicien qui ne l'a pas salué, tutoie un journaliste en lui demandant "combien de temps il est resté au placard", et "suggère" à ses intervieweurs d'ajouter une question sur un récent déplacement à Carcassonne. 

L'équipe de Rue 89 avait décidé de diffuser ces images au nom du droit du public à l'information, puisqu'il s'agissait d'images concernant le chef de l'Etat dans l'exercice de ses fonctions. Rappelons d'ailleurs que cette scène était particulièrement révélatrice, dans un contexte ou Nicolas Sarkozy était en conflit ouvert avec les salariés de France Télévisions, en raison de la réforme de l'audiovisuel public. 

Pour l'Elysée, au contraire, ces images peu flatteuses ont été "volées". La Présidence de la République n'a pas hésité à faire pression sur la direction de France 3 pour qu'une plainte soit déposée à l'encontre de Rue 89, contraignant la chaîne à briser la tradition du soutien confraternel entre médias. Un technicien de France 3 a depuis lors été mis en examen pour "vol de videogramme". La mise en examen d'Augustin Scalbert s'inscrit dans cette même logique. 

Une logique inquiétante, souligne avec justesse le site slate.fr dans un intéressant article intitulé "receleur, l'autre nom du journaliste qui protège ses sources". "L'essentiel (de l'affaire) repose sur une accusation de "recel" qui pourrait bien compromettre le principe fondamental -déjà malmené ces derniers temps- de toute une profession : le secret des sources", note slate.fr qui poursuit : "poussons le raisonnement à sa limite ultime et concluons : TOUT est recel sur la base de ce secret professionnel, sans lequel le journaliste est condamné à la répétition et à la propagande. Recel, que de recevoir des confidences sur le financement d'un parti politique. Recel, que de recueillir les témoignages d'un policier ou d'un militaire tenu au devoir de réserve. Recel, que de prendre connaissance d'élements d'une instruction judiciaire... Car dans chacun de ces cas de figure, le silence attendu sur la provenance des informations vaut recel".

Eh oui, c'est ça la France de Sarko. Une France où les journalistes sont tenus de diffuser les bonnes images, les bons messages et les bonnes mises en scène, sous peine d'être traités comme des criminels. Une France où la communication se substitue insidieusement à l'information, où le public filmé lors des déplacements présidentiels et ministériels est soigneusement trié sur le volet parmi les militants UMP. 

En attendant d'en finir avec cette France-là, je vous propose de cliquer ici pour revoir la vidéo incriminée.

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