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14 novembre 2010

Catéchèse ou endoctrinement?

bon+point+de+cat%C3%A9chisme+paroisse+de+St-Joseph+-+assisntance+%C3%A0+la+messe.jpgEn abordant ce sujet, j'ai bien conscience de toucher à une question brûlante et qui sait, de m'aliéner une partie de mes lecteurs. Tant pis. En fervente militante de la laïcité, je ne peux m'empêcher de mettre les pieds dans le plat.

Un Garennois m'a alerté, il y a quelques jours, sur un nouveau blog local intitulé "éveil à la foi à la Garenne-Colombes". On y voit de très jeunes enfants, quatre, cinq ans, "interviewés" pour exprimer leur joie de "chanter tous ensemble l'amour de Dieu" ou de "mettre les bougies" (immédiatement reformulé par la maman 'mettre la lumière de Jésus'). Des images effectivement troublantes, tant les réponses sont à l'évidence soufflées, tant il est évident que ces enfants aspirent à tout autre chose qu'à faire ce que l'on attend d'eux : chanter les louanges du seigneur.

Mon correspondant avait supposé qu'il pouvait s'agir d'une initiative locale, émanant d'une paroisse particulièrement zélée en matière de prosélytisme précoce... et par ailleurs friande de messe en latin. Il n'en est rien. A ma grande surprise, j'ai découvert sur le site cybercuré que les parents qui, aujourd'hui, font baptiser leurs enfants, prennent l'engagement de leur faire suivre un éveil à la foi dès quatre ans. Il s'agit "d'aider les enfants à prendre conscience de l'amour de Dieu en eux", les parents étant eux, fortement invités à guider les pas de leur bambin vers la Lumière (messe en famille, prière vespérale en famille....).

En quoi cela est-il choquant, me demandera-t-on. Après tout, moi-même, comme beaucoup d'autres, ai dû commencer le caté à 6 ou 7 ans. Comme beaucoup d'autres, j'ai été baptisée, communiée, confirmée, sans que l'on me demande mon avis, parce que c'était comme ça. Je n'avais pas plus le choix, et guère davantage de discernement. C'est vrai. Cela n'a pas fait de moi une grenouille de bénitier, comme vous aurez pu le comprendre.

Et pourtant, il y a une différence, énorme, entre ce qui était le "caté" de mon enfance et cet "éveil à la foi" ou des tous-petits anonent des comptines du genre "Marie, tu es comme une maman", ou encore "Qui est le roi de la jungle? Qui est le roi de la mer? Qui est mon roi à moi... c'est J.E.S.U.S"...  Dans un cas, il s'agissait d'éducation religieuse. Dans le deuxième cas, j'ai bien peur que l'on puisse parler d'endoctrinement précoce.

Un endoctrinement qui ne s'arrête pas à la communion ou à la confirmation, comme cela a longtemps été le cas. Dans ma jeunesse, l'église avait la décence de se montrer relativement discrète au moment de l'adolescence. Laissant à chacun le choix de poursuivre ou pas son chemin de foi, sur la base de l'enseignement qu'il avait reçu.

Aujourd'hui, plus question de laisser les jeunes brebis s'égarer en chemin. Activités, week-end conviviaux, tout est prévu pour que les ados restent dans le giron de l'Eglise et mènent leur premiers pas d'adulte dans le respect de ses préceptes. Certains n'ont d'ailleurs pas le choix. Dans mon entourage, une jeune fille a dû renoncer à des activités culturelles et sportives à son entrée en seconde. Motif : ses parents exigeaient d'elle qu'elle se concentre sur ses études... et ses activités spirituelles, intimement liées puisqu'elle était scolarisée dans un établissement privé catholique.

Et ils sont nombreux, très nombreux, ceux qui, à la recherche d'un enseignement "de qualité', fréquentent des collèges ou lycées privés (sous contrat) où l'éducation religieuse fait partie intégrante des programmes... jusqu'au bac. Un exemple, facile à vérifier sur Internet : au très réputé Lycée Stanislas à Paris, les élèves de Terminale font "une retraite de fin d'études de quatre jours en abbaye, décisive pour la maturation spirituelle de futurs étudiants". L'objectif recherché est écrit noir sur blanc : ces jeunes représentants de l'élite française auront pour mission de "transmettre la lumière et l'amour du Christ à tous".

Où est la limite entre éducation religieuse et endoctrinement ? Peut-on considérer que l'on vit encore dans une société laïque ? Je laisse ces questions en suspens. Et bien entendu, pas de boogie-woogie avant vos prières du soir.

Commentaires

Bonjour,

Une société laïque dites-vous ? Une société laïque signifie quoi pour vous ? Une société laïque signifierait-il que je n'ai pas le droit de pratiquer ma foi et de la transmettre à mes enfants ? Si je n'étais pas croyante je transmetrais à mes enfants justement de ne pas aller à tout ce qui est religieux, il se trouve que je suis chrétienne donc autant j'aurais tout fait pour que mes enfants n'aillent pas à tout ce qui est religieux si je n'étais pas croyante, autant en tant que chrétienne je les encourage jusqu'à ce que grandes elles puissent choisir elle-même. Pour info c'est ma fille qui témoignait, et pour affirmer que quelqu'un lui a soufflé ses réponses il aurait fallu que vous soyez là et que vous l'ayez vu faire, en attendant quoi que vous en pensiez nous n'endoctrinons pas nos enfants, nous leur proposons la foi et ils pourrons toujours choisir lorsqu'ils seront grand. Vous vous octroyez le droit de ne pas leur proposer la foi, alors donnez-nous également le droit de la leur proposer pour notre part, sinon la laïcité ne veut absoluement rien dire mais donne plutôt l'image d'une société intolérante. La déclaration des droits de l'Homme et du citoyens reconnait la liberté d'une pratique religieuse. Donc, selon cette déclaration, laïcité et religion ne sont pas incompatible.

Écrit par : colombe | 14 novembre 2010

@Jo et Colombe
Merci d'avoir publié le billet de la "fanatique laïque" que je suis sur votre blog.
Ceci dit, je maintiens mes propos. Les procédés utilisés dans cet atelier d'éveil à la foi relèvent bien de l'endoctrinement et du bourrage de crâne. Faut-il en arriver là pour "transmettre sa foi"?
Ceci dit, Colombe, félicitations, votre charmante petite fille résiste bien. Elle aime les bougies et chanter, comme tous les enfants. C'est un adulte, une femme, derrière la caméra, qui "traduit" ses réponses de manière plus orthodoxe, si j'ose dire : "mettre la lumière de Jésus" et "chanter tous ensemble l'amour de Dieu".
Pour la laïcité, merci, je connais la définition. Ce qui me pose problème c'est le mélange enseignement et spiritualité dans des établissements sous contrat où les aumoniers s'érigent en directeurs de conscience des élèves et de leurs parents. Dans un contexte où l'éducation nationale est, elle, systématiquement mise à mal par les pouvoirs publics, non, on ne peut plus parler de laïcité.

Écrit par : Plum'Garennoise | 14 novembre 2010

Bonjour,
Je suis croyante mais comme vous choquée par ces méthodes surtout en ce qui concerne les enfants très jeunes à qui l'on fait du bourage de crâne. Pour moi la foi doit être quelque chose qui murit lentement (ou pas). Sinon en quelque sorte je pense qu'on la rabaisse.

Écrit par : Lucie | 14 novembre 2010

Quand on se dit journaliste, on travaille sur le fond, on ne se contente pas de prendre 2 minutes de vidéo pour écrire un papier sans chercher à savoir. Quand vous utilisez des mots comme endoctrinement (ah le fameux choc de mots) qui endoctrine qui dans cette affaire?

A MOINS QUE le but soit tout autre! je me souviens d'ailleurs il y a quelques années une discussion avec vous; vous étiez totalement contre toute école privée chère Martine: une vraie laïque endoctrinante très arrétée sur vos idées: vous avez vos convictions, d'autres ont les leurs.
nb: je trouve votre NB "commentaires de ce blog modéré" surprenant quand on voit l'article non modéré

Écrit par : monique | 14 novembre 2010

vous dites :
Ceci dit, je maintiens mes propos. Les procédés utilisés dans cet atelier d'éveil à la foi relèvent bien de l'endoctrinement et du bourrage de crâne. Faut-il en arriver là pour "transmettre sa foi"?

Rép :
Alors que faut-il faire ? Vous ne mettez pas vos enfants à l'école pour leur transmettre le savoir et la culture ? Eh bien moi je les mets à l'éveil à la foi justement parce que je ne veux pas les endoctriner, de cette façon je ne suis pas seule à leur enseigner ce en quoi je crois tout comme lorsque vous parlez d'histoire à vos enfants, vous n'êtes pas la seule à la leur enseigner...

Vous dites :
Ceci dit, Colombe, félicitations, votre charmante petite fille résiste bien. Elle aime les bougies et chanter, comme tous les enfants. C'est un adulte, une femme, derrière la caméra, qui "traduit" ses réponses de manière plus orthodoxe, si j'ose dire : "mettre la lumière de Jésus" et "chanter tous ensemble l'amour de Dieu".

Rép :
Je ne sais pas quel âge ont vos enfants, mais à 4 5 ans je ne crois pas que vous les entendrez réussir clairement à dire pourquoi ils aiment la crème au chocolat et pas les épinards, on ne doit pas selon vous aider l'enfant à s'exprimer ? Et puis surtout nous n'attendions pas d'elle qu'elle nous fasse une disserte sur ce qu'elle a aimé ou non, rien de sérieux pour elle, il faut faire pour les enfants les choses de façon ludique, et puis le sourire qu'on peut voir dans la vidéo ne montre pas une petite fille endoctriné parce que si vous pensez le contraire, alors vous avez une très mauvaise image de l'Eglise catholique...

Pour la laïcité, merci, je connais la définition. Ce qui me pose problème c'est le mélange enseignement et spiritualité dans des établissements sous contrat où les aumoniers s'érigent en directeurs de conscience des élèves et de leurs parents. Dans un contexte où l'éducation nationale est, elle, systématiquement mise à mal par les pouvoirs publics, non, on ne peut plus parler de laïcité.

Rép :
Il me semble pourtant que là il ne s'agit pas d'établissement publique ou non, ça n'a absolument rien à voir, car là vous me parlez d'un sujet que je ne maîtrise pas puisque je ne connais pas l'enseignement privé, alors voilà, je réagit sur le sujet de notre blog et sur l'éveil à la foi.

Lucie vous dites :

Je suis croyante mais comme vous choquée par ces méthodes surtout en ce qui concerne les enfants très jeunes à qui l'on fait du bourage de crâne. Pour moi la foi doit être quelque chose qui murit lentement (ou pas). Sinon en quelque sorte je pense qu'on la rabaisse.


Eh bien justement, pour qu'elle mûrisse la foi il faut bien la proposer non ? Comment voulez-vous que la foi mûrisse si vous ne la proposez pas ? Tout comme il faut que vos enfants étudient pour que tout au long de leur enfance les études faites ils sachent ce qu'ils veulent faire de leur vie...

Écrit par : Colombes | 14 novembre 2010

Bonjour,
Je lis ce blog très souvent, cela me permet de continuer à vous lire même si vous n'écrivez plus en tant que journaliste.
Sur ce billet, je veux réagir, à la fois en tant que chrétien (non pratiquant) et en tant que pédopsychiatre.
En ce qui concerne l'éveil à la foi, je comprends que des parents soient soucieux de transmettre leurs convictions. Ceci dit, en tant que professionnel, je ne peux nier que les méthodes employées avec de si jeunes enfants me mettent mal à l'aise. Je ne parlerais pas d'endoctrinement, mais de conditionnement. On allume une bougie, l'enfant trouve cela beau, on lui suggère "alors tu aimes la lumière de Dieu".
La question des adolescents confrontés à une emprise du religieux sur leur vie, via l'enseignement, me touche particulièrement puisque je travaille beaucoup avec ce public. Je vois effectivement défiler dans mon cabinet des jeunes soumis à une double pression : celle de l'excellence à l'école, et celle d'un modèle qu'on cherche à leur imposer au nom des impératifs d'une bonne éducation. Pour certains, leurs fréquentations, leurs sorties sont de facto "sous contrôle" et s'effectuent toujours dans le même milieu. Les parents ne sont pas toujours conscients de cela. La plupart cherchent à "bien faire" pour leur enfant. Mais il me semble évident que l'Eglise se sert de son rôle d'acteur éducatif pour intervenir de manière très active (et parfois très pesante) dans la vie privée des jeunes scolarisés dans le privé.

Écrit par : pedopsy | 15 novembre 2010

@stéphane : merci pour votre intervention sur mon blog. J'apprécie toujours autant la qualité de vos travaux sur la souffrance des ados... n'hésitez pas à m'écrire sur mon mail professionnel.

@monique : pour votre gouverne, je ne suis plus journaliste mais écrivain privé. C'est mon expérience de terrain, en tant que journaliste, qui m'a incitée à entrer dans le militantisme, autant pour défendre l'école publique et la laïcité, que pour dénoncer la remontée de l'extrême-droite et la banalisation du racisme. Ce blog est celui d'une militante et il ne s'en cache pas.
Je me souviens très bien de la conversation à laquelle vous faites allusion. Mes propos avaient été alors de dire que je donnerais toujours la préférence à l'école publique qui était celle du "vivre ensemble", alors que l'école privée reposait, de fait, sur l'idée d'une ségrégation par l'argent et l'appartenance sociale. J'avais également cité une étude que j'avais été chargée d'analyser en tant que journaliste, et qui démontrait que parmi les nouvelles recrues de l'extrême-droite, on trouvait un nombre important et toujours croissant de jeunes issus de l'enseignement privé, ce qui était logique : la méconnaissance de l'autre est à la base du racisme ordinaire.
Mais comme vous le dites, Monique, il faudrait aller au fond des choses. Il faudrait par exemple enquêter dans cet établissement privé très spécial qu'est le collège Hautefeuille, à Courbevoie, un collège catholique sous contrat... mais géré par l'Opus Dei. Je ne vous apprend rien à ce sujet...

Écrit par : plum'garennoise | 15 novembre 2010

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