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10 décembre 2009

Adios, Kleber (1)

C'est aujourd'hui qu'est inauguré le second collège de La Garenne, baptisé "collège des Champs-Philippe" d'après le nom du quartier où il est implanté. Si vous trouvez que cette appellation manque d'originalité, lisez attentivement ce qui suit. Car le nom de ce collège, en apparence anodin, a une histoire qui l'est beaucoup moins...  

C'est l'histoire d'un maire UMP, Philippe Juvin, qui voulait donner au nouveau collège de sa ville le nom de l'auteur de son livre favori : Une Histoire de La Littérature Française, ouvrage de propagande nationaliste écrit en 1943 par Kleber Haedens, secrétaire particulier de Charles Maurras, journaliste à l'Action Française et dans quelques autres gazettes pétainistes... 

Mais comme c'est une longue histoire, que certains d'entre vous m'ont demandée de retranscrire en détails, je la raconterai en plusieurs épisodes.

Aujourd'hui : Kleber Haedens, la genèse d'une polémique     

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09 décembre 2009

Adios, Kleber (2)

Suite donc de mon récit consacré à l'affaire Kleber Haedens : comment le choix du nom d'un collège, bien avant le lancement du débat sur l'identité nationale, a amené les Garennois à réfléchir sur les valeurs qu'ils souhaitent transmettre à leurs enfants... 

Second et avant dernier épisode : un Front Républicain pour dire non à Kleber Haedens

Je l'ai dit, c'est l'adoption officielle du nom de Kleber Haedens par le Conseil Général, le 20 octobre 2008, qui porte véritablement l'affaire sur la place publique. A ce moment-là, les opposants à KH ne se sont pas encore coordonnés, mais ils disposent déjà d'un outil pour faire valoir leurs arguments : un blog citoyen, animé par un certain PhilBert, a pris la tête du combat en publiant toutes les informations disponibles sur KH, son parcours, son oeuvre. Les Garennois le connaissent bien : sur bien d'autres sujets, le Buzz de la Garenne (http://lagarenne-colombeslebuzz.blogs.courrierinternation...) s'est illustré comme une arme redoutable pour contrer la propagande municipale. 

Une des grandes réussites de ce blog est certainement d'avoir compilé tous les soutiens apportés à Philippe Juvin dans sa tentative de rendre hommage à l'ancien secrétaire particulier de Charles Maurras. Vous pouvez encore les consulter, dans la colonne de droite, si vous ne craignez pas la nausée : on y trouve en vrac toutes les composantes de la droite nationaliste, depuis les différents groupuscules royalistes jusqu'aux identitaires, en passant par l'incontournable Front National (Jean-Marie Le Pen est un autre lecteur inconditionnel de Kleber Haedens).     

Ceci dit, ce n'est pas le Buzz, à lui seul, qui explique pourquoi Philippe Juvin a finalement perdu la bataille. Notre maire a largement contribué à sa propre défaite, par orgueil sans doute, par soif immodérée de provocation, assurément. 

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08 décembre 2009

Adios, Kleber (3) !

Troisième et dernier volet de mon récit sur l'affaire Kleber Haedens : comment un collectif d'indécrottables républicains a réussi à faire revenir un maire, et un Conseil Général, sur leur décision de donner à un collège le nom d'un ancien secrétaire particulier de Charles Maurras.

Suite et fin d'une histoire où de nombreuses questions, lourdes de sens, demeurent en suspens... 

Après la manifestation du 25 novembre 2008, que j'ai précédemment évoquée, et le dépôt des recours en annulation, la fin de l'hiver et le printemps 2009 sont très calmes sur le front Kleber Haedens.

Trop calmes sans doute pour Bernard Dargols, notre GI, devenu le porte-drapeau de notre lutte. Trop calmes aussi pour certains parents, de plus en plus nombreux, qui voient approcher l'ouverture du futur collège et nous font la même remarque : "mais quand même, ce collège, il ne va pas ouvrir sous ce nom là, ce n'est pas possible!"

Courant avril, brusquement, les choses se précipitent. Des relations se nouent entre le collectif "Non à KH", la Licra et la Fondation pour le Mémorial de la Shoah. Après avoir étudié le dossier, ces associations, indignées, nous assurent de leur soutien. Leurs actions, discrètes mais efficaces, seront décisives dans l'issue de l'histoire. 

Au même moment, nous arrivons enfin à capter l'attention des médias nationaux. Un bel article dans "Marianne" propulse l'affaire sur le devant de la scène. Suivront une chronique de l'humoriste Didier Porte dans "le Fou du Roi", sur France Inter, un papier dans l'Humanité, un autre dans Siné Hebdo... L'affaire dépasse même l'hexagone puisqu'un chroniqueur belge, Paul Hermant, s'en empare sur les ondes de la RTBF :  http://www.rtbf.be/info/matin-premiere/la-chronique-de-pa...

Tout cela fait désordre, très désordre, pour un Philippe Juvin candidat aux élections européennes et finalement élu, qui observe dorénavant un total silence radio sur l'affaire. 

Mais notre mobilisation a déjà commencé à payer, et nous enregistrons un premier effet collatéral très positif :  le 18 mai, en pleine période électorale, la devise républicaine "liberté, égalité, fraternité", malencontreusement "oubliée", fait son apparition sur le fronton de la mairie. Pas de flonflons, pas de cérémonie, mais c'est le signe incontestable que les choses commencent à bouger. Après tout, cela faisait plusieurs années que l'opposition tentait en vain d'obtenir cette inscription... 

Encouragés par ce résultat, nous organisons le 3 juin un pique-nique républicain sur la Place de La Liberté, en plein centre-ville. L'idée est double : fêter l'arrivée de la devise, mais aussi, symboliquement, à trois mois de la rentrée, prendre date et prouver que nous ne relâcherons pas nos efforts pour obtenir le retrait du nom de Kleber Haedens. 

L'évènement est un succès. Près de 150 personnes manifestent de manière tout à fait conviviale leur détermination à faire triompher les valeurs républicaines. Il y a là des parents, des enseigants, des commerçants, des jeunes... Ce soir-là, sans doute, la victoire était sans doute déjà sur les rails, mais nous avons marqué un point décisif. 

Le 19 juin, Philippe Juvin annonce dans le Parisien que, "dans un souci d'apaisement", il va demander au Conseil Général de revenir sur sa délibération attribuant le nom de Kleber Haedens au nouveau collège. Nous avons gagné, mais une petite phrase de Philippe vient gâcher notre joie : "Kleber Haedens a été utilisé à des fins politiciennes par des gens qui prennent les enfants en otage", ose-t'il déclarer.

Simple provocation en guise de baroud d'honneur ? Je ne crois pas. J'ai longtemps réfléchi au sens de cette phrase. Avec le recul, je pense (mais c'est une interprétation très personnelle) que Philippe Juvin nous accusait effectivement de l'avoir empêché d'initier des enfants à cette littérature "anticonformiste" qu'il affectionne tant.

On m'a souvent dit que le combat que nous avons mené pendant neuf mois était un beau combat. Cette histoire est même, souvent, qualifiée d'exemplaire, et j'en suis heureuse. 

Mais il n'en reste pas moins que bien des questions restent sans réponse.

Pourquoi Philippe Juvin s'est-il autant investi pour "faire oeuvre de souvenir" à l'égard d'un écrivain qui fut l'un des promoteurs de la doctrine maurassienne ? Pourquoi tenait-il tant à distribuer à nos enfants "Une histoire de La Littérature Française", l'oeuvre majeure de Kleber Haedens, imprégnée d'idéologie nationaliste, que même Jean d'Ormesson qualifie d'"ouvrage de combat, très à droite"? 

A ma connaissance, comme l'a déjà souligné PhilBert sur ce blog, seuls deux élus en France ont entrepris une tentative similaire, destinée à rendre hommage à un écrivain appartenant à la même mouvance "anticonformiste de droite". Il s'agit de Jacques Peyrat à Nice (CNI, puis FN avant de rejoindre le RPR puis l'UMP), qui fit baptiser un lycée du nom de Thierry Maulnier ; et de Jacques Bompard (l'un des fondateurs du Front National) à Orange, qui donna à l'une des rues de sa ville le nom de Jacques Laurent. 

Par ailleurs, pour élargir le débat, pourquoi la droite du XXI° siècle tient-elle absolument à aller se chercher des racines intellectuelles chez les écrivains nationalistes du milieu du XX° ? Pourquoi Etienne de Montety, directeur du Figaro Littéraire, s'emploie-t'il à les promouvoir à travers des biographies savamment édulcorées ? Au moment où l'on nous impose un débat sur l'identité nationale, il me semble que ces questions font sens. Chercherait-on à réhabiliter une certaine forme de nationalisme et de xénophobie ordinaire, celle-là même qui fit le lit du fascime dans les années trente ?

Monsieur Assouline, s'il vous arrive de lire ces lignes, sachez que la tension est retombée à La Garenne-Colombes, mais que depuis l'affaire Kleber Haedens, il y subsiste un certain malaise. Qu'il m'arrive, d'ailleurs de trouver salutaire. 

 
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