Avertir le modérateur

13 novembre 2009

Marie NDiaye, je suis d'accord avec vous

Cette affirmation fera sourire ceux qui me connaissent un tant soit peu, pour qui elle ne sera pas vraiment un scoop. Je voudrais cependant l'approfondir, car nous touchons ici aux raisons qui font qu'un grand nombre de personnes ne se reconnaissent pas dans la France de Sarkozy. 

"Je trouve détestable cette atmosphère de flicage, de vulgarité... Besson, Hortefeux, tous ces gens là, je les trouve monstrueux", avait déclaré Marie NDiaye cet été dans un entretien au magazine Les Inrockuptibles. C'était avant son Goncourt. Depuis, ces propos ont déclenché l'indignation du très sarkozyste député de Seine-Saint-Denis Eric Raoult, exhortant la romancière à un "devoir de réserve". Marie Ndiaye ne s'est finalement pas laissée intimider. Elle a fait savoir hier, sur France Inter, qu'elle maintenait chaque mot : "je ne vois pas ce qui depuis le mois d'août a changé pour que je puisse revenir sur ces propos. Je persiste et je signe", a t-elle déclaré. Bravo.

Oui, le flicage est un des éléments qui rendent la France de Sarkozy détestable et monstrueuse. On se souvient du fichier Edvige, finalement retoqué par la CNIL et le Conseil d'Etat. Fin de l'histoire? Non. Le 18 octobre dernier, jour de la Ste Edvige (ces gens là ont un humour qui fait froid dans le dos), deux bases de données créées par décret sont venues remplacer le projet initial. Des clones d'Edvige, en plus politiquement correct, mais inspirés par la même logique sécuritaire. En pratique, toute personne "dont l'activité individuelle et collective indique qu'elle peut porter atteinte à la sécurité publique" pourra être fichée, pardon, répertoriée. Et si le décret stipule qu'il ne pourra, en principe, être fait référence aux opinions, aux origines ethniques, à la santé ou à l'orientation sexuelle, des dérogations existent. Ainsi, si vous ou moi sommes jugés potentiellement suversifs, il pourra être fait mention de nos activités politiques, philosophiques, religieuses ou syndicales.   

Edvige est un symbole, mais pas le seul symptôme de ce flicage.  Ainsi, il y a un peu plus d'un an, le ministère de l'Education et celui de la Recherche avaient lancé un appel d'offre pour trouver des prestataires... chargés de surveiller les propos du corps enseignant sur la Toile. Les profs aussi, n'en doutons pas, sont tenus à un certain devoir de réserve. Pas question de contester en public la pertinence de la lecture de la lettre de Guy Moquet...

Et puis il y a ce monstre, Marie Ndiaye, ce monstre hideux qui resurgit à intervalles réguliers (la dernière fois, je crois, dans la bouche de l'inénarrable Lefebvre) : le repérage de la délinquance en culottes courtes. L'idée taraude Sarkozy depuis des années. Elle avait déjà été évoquée lorsque j'étais pigiste pour le Conseil Général des Hauts-de-Seine.  

Oui, aussi, la France de Sarkozy est vulgaire. Du bling-bling à l'affaire de l'EPAD, en passant par le "casse-toi pov'con" du salon de l'Agriculture, l'image qu'elle donne à l'étranger est affligeante. Je ne m'étendrai pas ici sur le sujet.

Eric Raoult s'est-il rendu compte qu'en appelant la romancière à 'un devoir de réserve', puis à 'un principe de modération' (ce qui revient strictement au même, c'est à dire à une tentative de censure), il apportait de l'eau au moulin de ses critiques? Probablement pas. Mais le plus drôle reste tout de même cette déclaration de Dominique Paillé, porte-parole adjoint de l'Elysée, qui s'est déclaré "opposé à la censure" tout en appelant Marie Ndiaye à la "mesure". Jolie rime, mais cela reste tout de même une exhortation à l'autocensure, non? 

Et Dominique Paillé de poursuivre : "Je rappelle à Madame Ndiaye que tout ce qui est excessif est insignifiant". Intéressant. Monsieur Paillé compte-t-il faire profiter le Président de la République de ses sages conseils ? Parce qu'on se souvient de propos franchement outranciers, de banlieues à nettoyer au kärcher, de mai 68 à 'liquider'. Etaient-ils insignifiants ? Malheureusement, je ne le pense pas. Et avec Marie Ndiaye, je continue à m'inquiéter de l'idéologie dont ils sont porteurs.         

10 novembre 2009

A propos de procédés staliniens...

Je faisais hier allusion au décalage entre le discours de l'UMP, nourri à l'anticommunisme primaire, et ses pratiques parfois dignes de la défunte URSS. Coincidence, en parcourant ce matin la blogosphère orange, je tombe sur un très bel article paru sur le site du GRID (Groupe de Réflexion et d'Innovation Démocrate). Sous le titre "identité nationale : l'arbre qui cache la forêt", cet article dénonce le "vieux principe stalinien" qui consiste à vouloir parler d'intégration, alors que les fondements mêmes de l'intégration à la française, et notamment le droit d'asile, sont mis en danger par le pouvoir. 

On me demande souvent pourquoi j'ai franchi le pas, pourquoi je me suis engagée en politique. Les raisons sont multiples et complexes, et j'y reviendrai plus longuement, dans un autre billet, parce que ce sont les mêmes raisons qui m'ont conduite à créer ce blog. Mais, pour résumer en quelques mots, je peux dire que face au populisme de Sarkozy, face à certaines dérives du pouvoir, je me suis sentie obligée d'agir et de faire entendre ma voix. 

La création d'un "ministère de l'intégration et de l'identité nationale" figure en bonne place parmi les raisons qui m'ont poussée à m'encarter. Je fais partie de celles et ceux qui pensent que lorsque le pouvoir décide qu'il faut un ministère pour édicter ce que doit être (et donc ne pas être) l'identité nationale, il faut entrer en résistance. Parce que là, pour parler franchement, ça pue!

Avec François Bayrou, je pense que "l'identité nationale est comme l'histoire" et "qu'il n'appartient pas aux politiques de s'en accaparer". "C'est une identité toujours en construction. Elle est fondée pour nous sur des valeurs : liberté, égalité, fraternité en premier, et intègre tous ceux qui avec le temps s'y rattachent", a-t-il poursuivi. Je ne pense pas qu'un sociologue le contredirait. 

Pour en revenir à l'article paru sur le site du GRID, que cache cette volonté soudaine de débattre de l'identité nationale? Il y a la raison évidente et lamentable : on le sait, l'UMP n'a guère de scrupules à flirter avec l'extrême-droite à l'approche d'une échéance électorale. 

Mais il y a peut-être davantage. "Mon professeur de philosophie m'avait prévenue : quand on parle trop d'une chose, se méfier. Cela signifie que l'on est en train de la supprimer ou qu'elle est déjà morte..." écrit Anne-Sophie Godfroy, qui poursuit plus loin : "le débat sur l'identité nationale est venu s'inviter dans l'espace public sans raisons apparentes. Pourquoi subitement lancer une telle consultation? Pour récupérer quelques voix du Front National? Pour masquer d'autres sujets plus compromettants? Pour préparer les régionales? Sans doute un peu tout cela, mais sutout pour masquer le fait que le gouvernement passe son temps à s'attaquer à l'identité nationale".    

Et d'évoquer, avec juste raison, le récent renvoi d'une dizaine d'Afghans dans leur pays, au mépris de leur droit à bénéficier du statut de réfugié. "C'est précisément celà, la destruction systématique de l'identité nationale par le gouvernement lui-même, que le débat a pour objectif de cacher", conclut-elle. (pour lire l'intégralité de l'article : http://www.legrid.fr/post/2009/11/Identite-nationale-l-ar...)

Bien vu, Anne-Sophie. Le même raisonnement, comme vous l'avez d'ailleurs souligné, s'applique à bien d'autres élements du discours sarkozyste. N'a t-il pas voulu débattre pour "organiser" la liberté de la presse (les journalistes en rient encore...)? Et que dire de l'un de ses leit-motiv, l'égalité des chances, alors qu'il vient d'essayer de caser son fils à la Présidence de l'EPAD?       

La méthode Sarkozy, c'est aussi ça : prendre l'initiative de mettre sur le tapis tous les sujets sur lesquels il sait pertinemment qu'il est contestable (ça en fait une certain nombre) avant que l'adversaire ne s'en empare ; fausser le débat et imposer son point de vue. On comprend mieux, dès lors, le tourbillon médiatique que doivent affonter chaque jour Guéant et Guaino. On en viendrait presque à les plaindre...  

   

 

  

09 novembre 2009

Chute du mur de Berlin : commémorations et usurpations

 9 novembre 2009 : il y a 20 ans, tombait le mur de Berlin. Victoire de la liberté sur la dictature, éclatement d'un ordre géopolitique artificiel. 

Profitant d'une commémoration consensuelle, Sarkozy essaie d'inscrire son nom dans l'Histoire (quelques points en plus en vue du prochain Nobel de la Paix, raflé cette année par Barack? ). Oh, bien modestement. En toute confidentialité, si j'ose dire : juste quelques lignes sur sa page Facebook pour souligner qu'il fut parmi les premiers à donner quelques coups de pioche enthousiastes dans le mur de la Honte. Un pionnier, en quelque sorte. Alain Auffray, journaliste à Libération, conteste. D'après lui, "Sarko refait l'histoire" et son histoire serait totalement fantaisiste : http://droite.blogs.liberation.fr/alain_auffray/2009/11/m...

Qui a raison, qui a tort? Sarkozy a t-il enjolivé la réalité pour se faire mousser? On verra bien : une nouvelle polémique vient de débuter. Mais le problème de fond n'est pas là.    

Le problème avec Sarkozy, c'est que depuis il n'a pas arrêté les coups de pioche, confondant lutte pour la liberté et mercenariat au service du libéralisme. Coups de pioche pour libérer le droit d'exploiter du travail. Coups de pioche pour libérer nos systèmes de protection sociale de toute forme d'assistanat. Coups de pioche dans le régime pour mieux centraliser rééquilibrer le pouvoir. Coups de pioche dans le principe de séparation des pouvoirs...  

A force de coups de pioche, comme l'a dit François Bayrou, ce sont les fondements de notre société qui vacillent et menacent de s'effondrer.

Dans le même temps, à Nanterre, les Jeunes Pop' manifestent pour, je cite 'la chute du communisme dans leur ville'. Grotesque. Il est indécent, et je pèse mes mots, de lier la commémoration d'un évènement tel que la chute d'une dictature à ce qui n'est qu'un simple enjeu électoral franco-français (même symbolique). Oh, je n'ignore pas qu'à Nanterre les choses ne sont pas idylliques. On parle de manque de démocratie locale, de manque de transparence, voire de clientélisme. Des conseils de quartier seraient noyautés, des privilèges accordés aux amis du maire. Des pressions exercées sur les habitants.

C'est possible. Je n'en sais rien, n'étant pas Nanterroise. Par contre, je vis depuis une quinzaine d'années dans une ville UMP où de telles pratiques sont monnaie courante. Avec un train de retard : il a fallu la seconde mandature du maire Philippe Juvin pour que soient créés des conseils de quartier dont le bureau est désigné par le maire : ici, on ne prend pas même la peine de simuler la démocratie. A quoi bon? Le Dr Juvin sait ce qui est bon pour sa ville. Ceux qui sont d'un avis contraire sont des sots ou des menteurs.

A La Garenne, il n'y a aucune transparence, aucun critère préétabli pour les attributions de place en crèche ou de logements sociaux. Contrairement à Nanterre, il n'y a même pas de système de quotient familial pour la cantine des enfants, seulement des aides qu'il faut venir quémander en mairie.

En période électorale, certains habitants évitent même de prendre nos tracts ouvertement dans la rue. Ils le font furtivement, ou pas du tout.

Alors, mesdames messieurs du Mouvement Populiste Populaire, de grâce, balayez devant votre porte avant de nous servir vos fables et de nous  asséner votre anticommunisme primaire. Les méthodes que vous employez sont bien loin de l'idéal démocratique que l'on est censé célébrer aujourd'hui.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu