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17 juin 2010

C'est ça la France de Sarko (2)

6148.jpgEn commençant une série de billets sur la France de Sarko, je ne pensais pas traiter à nouveau, aussi vite, de la question du droit à l'information, aujourd'hui malmené, que dis-je, violenté, par des personnes qui confondent exercice du pouvoir et droit du plus fort.  

Mais comment ne pas réagir à une dépèche parue ce matin, discrètement, et aussitôt noyée sous un flot d'autres informations autrement plus sensationnelles ? 

Cette fois, c'est une journaliste de Radio-France, Alexandra Ackoun, et son patron Jean-Luc Hees, qui ont été mis en examen pour "complicité de diffamation" après une plainte déposée par le député UMP des Yvelines David Douillet.

Leur crime ? Avoir rapporté et diffusé des propos tenus par Eva Joly, en septembre dernier. L'eurodéputée, participant à un meeting de soutien à l'adversaire de Douillet lors d'une législative partielle, avait évoqué les pratiques d'évasion fiscale et affirmé que l'ex-judoka était l"heureux possesseur d'un compte au Liechtenstein". 

Dans un communiqué, le SNJ (Syndicat National des Journalistes) souligne avec justesse "qu'en visant la journaliste plutôt que l'auteur des propos (eh oui, au fait, pourquoi ?), monsieur le député l'invite, elle et tous les journalistes qui suivent les rendez-vous électoraux, à vider le contenu de leurs reportages de tous propos dérangeants, bref à s'autocensurer".

" Une partie de la classe politique est en train de peser de tout son poids sur les journalistes indépendants pour intimider toute une profession", poursuit le SNJ. 

Bon, et moi, qu'est-ce que je risque, pour avoir relayé une dépêche AFP rappelant les accusations d'Eva Joly, et de surcroît reprenant les termes d'un communiqué de presse suggérant qu'un ex-champion de judo reconverti en politicien et cornaqué par Sarkozy en personne puisse faire pression sur les médias ? 

11 juin 2010

C'est ça la France de Sarko (1)

sarkoFrance3-420.jpgAugustin Scalbert, journaliste spécialisé dans les médias à Rue 89, vient d'être mis en examen pour recel. Aurait-il planqué au bureau des bijoux dérobés par un braqueur ? Des toiles de maître chez lui ? 

Non. Le "crime" d'Augustin Scalbert serait plutôt un crime de lèse-majesté. Il fait partie des quelques journalistes qui, en juin 2008, on décidé de mettre en ligne une vidéo montrant le Président de la République avant une interview sur le plateau de France 3. Un Sarkozy tel qu'en lui-même, bourré de tics et plein de suffisance, qui s'emporte contre un techicien qui ne l'a pas salué, tutoie un journaliste en lui demandant "combien de temps il est resté au placard", et "suggère" à ses intervieweurs d'ajouter une question sur un récent déplacement à Carcassonne. 

L'équipe de Rue 89 avait décidé de diffuser ces images au nom du droit du public à l'information, puisqu'il s'agissait d'images concernant le chef de l'Etat dans l'exercice de ses fonctions. Rappelons d'ailleurs que cette scène était particulièrement révélatrice, dans un contexte ou Nicolas Sarkozy était en conflit ouvert avec les salariés de France Télévisions, en raison de la réforme de l'audiovisuel public. 

Pour l'Elysée, au contraire, ces images peu flatteuses ont été "volées". La Présidence de la République n'a pas hésité à faire pression sur la direction de France 3 pour qu'une plainte soit déposée à l'encontre de Rue 89, contraignant la chaîne à briser la tradition du soutien confraternel entre médias. Un technicien de France 3 a depuis lors été mis en examen pour "vol de videogramme". La mise en examen d'Augustin Scalbert s'inscrit dans cette même logique. 

Une logique inquiétante, souligne avec justesse le site slate.fr dans un intéressant article intitulé "receleur, l'autre nom du journaliste qui protège ses sources". "L'essentiel (de l'affaire) repose sur une accusation de "recel" qui pourrait bien compromettre le principe fondamental -déjà malmené ces derniers temps- de toute une profession : le secret des sources", note slate.fr qui poursuit : "poussons le raisonnement à sa limite ultime et concluons : TOUT est recel sur la base de ce secret professionnel, sans lequel le journaliste est condamné à la répétition et à la propagande. Recel, que de recevoir des confidences sur le financement d'un parti politique. Recel, que de recueillir les témoignages d'un policier ou d'un militaire tenu au devoir de réserve. Recel, que de prendre connaissance d'élements d'une instruction judiciaire... Car dans chacun de ces cas de figure, le silence attendu sur la provenance des informations vaut recel".

Eh oui, c'est ça la France de Sarko. Une France où les journalistes sont tenus de diffuser les bonnes images, les bons messages et les bonnes mises en scène, sous peine d'être traités comme des criminels. Une France où la communication se substitue insidieusement à l'information, où le public filmé lors des déplacements présidentiels et ministériels est soigneusement trié sur le volet parmi les militants UMP. 

En attendant d'en finir avec cette France-là, je vous propose de cliquer ici pour revoir la vidéo incriminée.

09 février 2010

Les battues royales de Sa Majesté Nicolas

z22820.jpegCe n'est sans doute qu'une anecdote, mais elle est tellement significative que je ne résiste pas au plaisir d'en parler sur ce blog. 

Peut-être vous souvenez-vous qu'à l'occasion de ses voeux, Nicolas Sarkozy avait émis le souhait que les Français redécouvrent le sens du mot fraternité. Eh bien, notre Président donne l'exemple. A sa manière.

C'est ainsi que selon le NouvelObs.com, il aurait remis au goût du jour la pratique des chasses présidentielles (tombée en désuétude sous Jacques Chirac), elle-même héritière de la tradition monarchique des battues d'Etat.

C'est à son ami et proche conseiller Pierre Charon, Président de l'Etablissement de Chambord, que revient l'honneur d'organiser en grande pompe et en toute discrétion ces grands moments de fraternité virile réservés à quelques happy few (capitaines d'industrie, élus, préfets, ministres... ), la Garde Républicaine assurant l'animation. 

"Officieusement ces rencontres sont le lieu de tractations, d'accords, de stratégies entre les VIP de la République", nous apprend le site du Nouvel Obs, qui n'a pas obtenu de réponse quant au budget de ces journées de chasse très particulières. Il y en aurait une quinzaine chaque année.

PS : à la lumière de ces révélations qui ne laissent aucun doute sur l'instinct de prédateur de notre Président, je me demande s'il ne faudrait pas reconsidérer l'affaire de l'extension de l'EPAD sur notre territoire. Rappelez-vous, historiquement, notre ville est une Garenne... Autrement dit une réserve de chasse à deux pas de La Défense, ce grand quartier d'affaires où se nouent, justement, tractations, accords et OPA...  A quelques semaines du centenaire de l'indépendance de notre ville, il serait peut-être justifié de rappeler que non, La Garenne n'est pas une réserve présidentielle !!! 

 
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