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06 novembre 2010

Je manifeste, tu manifestes, elles manifestent

Aujourd'hui 6 novembre, huitième journée de manifestation contre la réforme des retraites. Fait nouveau : un cortège militant pour la défense du droit à l'avortement se joindra à cette manifestation.

Quel rapport, me direz-vous ? A première vue, aucun. Pourtant le lien existe bien : il s'agit de protester contre une politique qui ne raisonne plus qu'en termes comptables, quitte à sacrifier l'humain et quelques droits fondamentaux (acquis de longue lutte) au passage. Droit de pouvoir bénéficier d'une retraite décente à un âge où on puisse encore en profiter. Droit pour les femmes de disposer de leur corps et de ne pas mettre au monde un enfant qui n'a pas été désiré.

Les défenseurs du droit à l'avortement (70 associations, dont le Planning Familial) dénoncent, entre autres, la diminution significative des centres IVG (regroupés pour des raisons de rentabilité), et le manque de moyens qui leur sont affectés, une situation qui, selon eux, ne peut qu'être amenée à s'aggraver avec l'entrée en vigueur de la loi Bachelot Hôpital, Santé, Territoires. Conséquences, des délais de RV qui s'allongent et des centres IVG parfois très éloignés du domicile des patientes : jusqu'à 1h de route en province, beaucoup trop pour une femme en détresse!

Par ailleurs, la loi Aubry de 2001, destinée à faciliter la mise en oeuvre du droit à l'IVG, est peu ou mal appliquée : le report du délai légal d'interruption volontaire de grossesse (de 10 à 12 semaines d'aménorrhée) ne servirait pas à grand-chose, de nombreux médecins refusant de pratiquer des "IVG tardives". De même, certains établissements continuent à exiger une autorisation parentale pour les mineures, alors que la loi Aubry l'a supprimée.

Enfin, une résolution du Conseil de l'Europe datant du 7 octobre dernier pourrait bien ajouter une entrave supplémentaire au droit à l'IVG. En effet, alors qu'un projet de résolution visait à limiter l'objection de conscience pour les professionnels de santé, le Conseil de l'Europe a décidé, lui, de renforcer ce droit en permettant aux établissements eux-mêmes d'invoquer cette objection de conscience.

A l'évidence, l'IVG demeure avant tout une question politique. Et les alibis du genre "rationalisation des dépenses de santé" ou encore "respect des convictions  de chacun" sont bien pratique pour des gouvernants qui flirtent avec l'extrême-droite, proche des milieux traditionalistes.

27 avril 2010

France 2, 22h55 : Les Infiltrés au pays des amis de Kleber Haedens

david-pujadas-video-sarkozy.jpegAlors que le gouvernement se défend de vouloir assimiler islam et intégrisme, le magazine de France 2 "Les Infiltrés" dénonce ce soir une autre forme d'extrémisme. L'équipe de David Pujadas a en effet infiltré et fimé en caméra cachée, plusieurs mois durant, un groupuscule nationaliste lié aux catholiques traditionalistes, Dies Irae.

L'émission est semble t-il si dérangeante qu'elle fait scandale. On y voit, semble t-il, un jeune militant haranguer ses troupes pour préparer la prochaine guerre sainte contre les musulmans qu'il faudrait "saigner au couteau". On y voit aussi les écoliers d'une école catholique anonner une comptine sur les camps de concentrations en se disant "fachos".

Le reportage a été tourné en région bordelaise. Il aurait pu l'être dans les Hauts-de-Seine. Car même si je ne sais rien des images qui seront diffusées ce soir, je connais d'avance les discours, les formules, les propos. Autant le bla-bla officiel, policé et propret (celui du bon père de famille attaché aux valeurs fondamentales de notre société et un brin anticonformiste... ), que la version off, nettement plus musclée et franchement raciste et antisémite.

Ces deux versions, nous les avons entendues et combattues pendant plus de neuf mois lors de l'affaire Kleber Haedens. Souvenez-vous, il y a encore un an, le collège des Champs-Philippe s'appelait collège Kleber Haedens, selon la volonté de notre maire Philippe Juvin qui souhaitait lui donner le nom de son écrivain préféré, secrétaire particulier de Charles Maurras pendant l'Occupation et pigiste occasionnel dans plusieurs revues pétainistes et antisémites, dont le tristement célèbre "Je suis Partout". 

Comme le démontre avec efficacité le blog le retour de Buzz, ceux qui tentent aujourd'hui d'interdire la diffusion de l'émission de Pujadas sont exactement les mêmes que ceux qui soutenaient Philippe Juvin dans le choix du nom de Kleber Haedens : des groupuscules royalistes, des partis et mouvements d'extrême-droite, des fachistes autoproclamés.

Une émission que les Garennois regarderont donc avec une attention particulière. Car la crudité du langage tenu par les jeunes bordelais n'est en définitive que la fache cachée d'un autre discours, aujourd'hui politiquement audible sinon correct, qui tend à réhabiliter l'héritage intellectuel de l'extrême-droite.  

26 avril 2010

Quand la xénophobie gagne du terrain

a622_image005.jpegIl y a un peu plus d'un an, m'était parvenue une invitation à un colloque dont le thème était ainsi formulé : y a  t-il une xénophobie d'Etat ? J'avoue qu'à l'époque, l'intitulé m'était apparu quelque peu excessif, même si je fais partie de celles et ceux qui n'ont jamais digéré la création d'un ministère de l'immigration et de l'identité nationale. 

Quelques mois plus tard, la question ne me semble plus du tout outrancière, et bien pire que cela, je pense que l'on peut passer de la forme interrogative à la forme affirmative. Oui, la France de Sarkozy est devenue une France xénophobe.

Je ne m'étendrai pas sur l'affaire de cette conductrice nantaise portant le niqab, dont le mari serait soupçonné de polygamie et de fraude aux allocs. Tout a été dit, ou presque, sur la manière dont cette situation particulière a été instrumentalisée et surmédiatisée par un pouvoir avide de séduire l'électorat d'extrême-droite. A tel point que le mitraillage de la mosquée d'Istres est passé, lui, quasiment inaperçu.  

Un mot, quand même, sur la manière dont Hortefeux (chaudement fécilité par Le Pen) a demandé à son collègue Besson d'examiner la manière dont le supposé polygame pourrait être "déchu de la nationalité française", avant même que les faits ne soient vérifiés et examinés au regard du droit. Il semble que désormais, en France, ce soit le Ministre de l'Intérieur qui rende la justice et même fasse la loi, puisque celle-ci, a répondu Besson, pourrait être "aménagée" dans le cas où les textes en vigueur ne permettent pas d'obtenir la sentence souhaitée. C'est tout simplement hallucinant. 

Mais au-delà de ce fait divers, non moins inquiétante est la banalisation et l'institutionnalisation d'un racisme "administratif", qui s'insinue là où on s'y attendrait le moins, sous des prétextes plus ou moins fallacieux. C'est ainsi que depuis l'automne, la FFF (Fédération Française de Football) exige que les enfants souhaitant s'inscrire à un club de foot fassent la preuve qu'ils résident sur le territoire depuis au moins cinq ans...

Raison invoquée : mettre fin au trafic de jeunes joueurs (quelques cas par an), comme le souhaite la FIFA (Fédération Internationale de Football). Sauf qu'en l'occurence, la FFF outrepasse largement les recommandations de la FIFA, qui se limitent à préconiser un examen attentif en cas de délivrance d'une première licence, et n'imposent un délai de résidence de cinq ans que dans le cas très précis de transfert international de mineur.   

Concrètement, pour les parents d'origine étrangère, l'inscription de leur enfant à un club de foot est devenue un vrai parcours du comabttant. Dans certaines ligues appliquant à la lettre les consignes de la FFF, on exige qu'ils produisent pas moins de cinq documents : justification d'activité professionnelle pour au moins l'un des deux parents, permis de travail, justificatif officiel de résidence, justificatif d'identité et de nationalité des parents, justificatif du lien de filiation.

D'après le Quotidien Le Monde, rien que pour l'Ile-de-France, 800 enfants se seraient vu refuser la délivrance de leur première licence en octobre dernier. Pour eux, s'ils se sont obstinés à chausser les crampons, pas de match, rien que des entraînements... 

La Ligue des Droits de L'Homme a annoncé son intention de saisir la justice pour pratiques discriminatoires. Pour elle, aucun doute, cet excès de zèle est "un choix d'image et de symbolisation de la FFF, qui joue la carte gouvernementale". Rama Yade, quant à elle, est bien silencieuse sur la question...

    

 

 
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