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08 décembre 2010

Joue la mieux que Canto!

logo-cochon-manchester-united-1.jpgSanctionner un système bancaire immoral en appelant à le faire s'écrouler relève de l'irresponsabilité pure et simple. Par contre, les citoyens que nous sommes peuvent agir pour transformer ce système en boycottant les banques aux pratiques douteuses, et en leur préférant des établissements plus "éthiques".

C'était la conclusion de mon billet d'hier. C'est aussi le sens de l'appel lancé le 5 décembre par le collectif "Sauvons les riches!", qui, décidément, conjugue avec talent pertinence et facétie. Hier, plusieurs membres de ce collectif, déguisés  en Dalton, ont retiré de l'argent du circuit bancaire classique pour le déposer immédiatement après dans une agence parisienne du Crédit Coopératif.

Geste symbolique certes, mais c'est avec des gestes de ce genre que nous pouvons faire bouger les choses... et refuser de continuer à être les bagnards qui travaillent pour que leur argent serve à favoriser l'évasion fiscale et le profit financier. "L'appel d'Eric Cantona a eu un mérite, celui de rappeler une vérité oubliée. La puissance des banques, des "marchés financiers n'existe que parce que nous leur faisons confiance, parce que nous leur déléguons la gestion de notre épargne", souligne-t-on chez "Sauvons les riches".

"Sanctionnons les banques qui se servent de l'économie au lieu de la servir, organisons le transfert de notre argent vers des établissements plus recommandables qui privilégient l'investissement local, ne participent pas au casino financier, refusent d'être présents dans les paradis fiscaux et de verser des bonus indécents", proposent-ils.

Et si c'était cela, votre première bonne résolution pour 2011 : changer de banque, ou, au moins, ouvrir un compte dans une banque "éthique" ?

Pour en savoir plus sur cet appel et les établissements bancaires "alternatifs" : http://sauvonslesriches.fr/

07 décembre 2010

Assange, Cantona, les nouveaux provocateurs ?

cantona.jpg7 décembre 2010. C'est aujourd'hui que les nouveaux supporters de Canto, alias Eric le Rouge, devraient vider leur compte en banque. C'est aussi aujourd'hui que vient d'être arrêté Julian Assange, le fondateur de Wikileaks, le site qui fait trembler le monde entier depuis quelques mois.

Eric Cantona, Julian Assange. Un ancien footballeur, un ex hacker. Deux hommes au style très différent, dont les histoires pittoresques ont fait la une des médias. Ils n'en sont pas pour autant devenus des héros. Notre époque n'est pas très tendre, ni très romantique, avec les nouveaux Robin des Bois. Leurs initiatives ont été jugées dangereuses par une opinion publique très raisonnable. Et c'est vrai qu'elles l'étaient. Dans une large mesure.

amd_wikileaks_julian-assange.jpg

Toutefois, en s'attaquant à la toute-puissance d'un système établi et aux-lois-qui-font-que-le-monde tourne-rond (surtout pour les puissants, les nantis et les initiés), Assange et Cantona ont montré que ce système était fragile. Que ceux qui disposent actuellement du pouvoir ont trop tendance à oublier qu'il repose en large partie sur l'acceptation d'une communauté de destin. Et que donc, certaines limites ne devaient pas être franchies dans l'injustice, le secret ou les magouilles confortablement rebaptisées secrets d'Etat. Que notre société, si fière de son modernisme sophistiqué, pouvait assez vite sombrer dans l'anarchie et le chaos.

Je ne suis pas suffisamment naïve pour penser que cela suffise à raisonner un monde qui a depuis longtemps perdu le sens de l'intérêt collectif et du bien commun. Par contre, cela doit nous conforter dans l'idée que nous avons tous, en tant que citoyen, un rôle à jouer dans la marche de ce monde. En exigeant plus de transparence dans l'usage qui est fait de nos placements bancaires, par exemple. En boycottant certains produits fabriqués dans des conditions scandaleuses, ou désastreux pour notre santé. Ou encore en refusant que certaines grandes décisions, qui affectent directement notre quotidien, soient prises dans une totale opacité.

Et si la vraie révolution venait, tout simplement, du plein exercice de nos droits de citoyens-consommateurs ?

 

06 décembre 2010

"Pour le malien", les mots de la révolte

41Vt0sMPL6L__SS500_.jpgJe n'ai pas parlé sur ce blog du décès de cet homme sans-papiers, victime semble-t-il d'un nouveau cocktail mortifère : gaz lacrymogènes + double décharge de Taser. Cela se passait pourtant à quelques kilomètres de chez moi, à Colombes, le 30 novembre dernier. Non pas que j'aie été indifférente à cette information. Simplement, parfois, l'écoeurement l'emporte sur la révolte, et sur l'inspiration.

Heureusement, la blogosphère a ceci de bon que d'autres trouvent les mots qui vous manquent, à un moment donné. En l'occurence, il s'agit de Pierre Tavenian, professeur de philo, fervent défenseur des libertés publiques et cofondateur du blog engagé "les mots sont importants". Pierre Tavenian, donc, a écrit un texte magnifique, intitulé "Pour le malien", dont je reproduis ci-dessous que quelques extraits (pour lire le texte en entier, cliquer ici).

Pour Pierre Tavenian, donc, une première raison de s'indigner : l'homme décédé mardi 30 novembre n'a jamais eu d'identité. "Il n'a pour nous ni nom, ni visage, ni femmes ni enfants, ni frères ni soeurs, ni père ni mère, ni ami-e-s en deuil. Les premières dépêches l'ont appelé 'un malien', les suivantes l'ont apellé 'le malien'. Certains journalistes l'ont encore appelé, encore plus salement, 'le forcené', parce que son gabarit -seule information à laquelle nous avons eu droit- était "impressionnant", dixit la sacro-sainte 'source policière', et parce qu'avec un marteau il avait 'blessé légèrement' quatre policiers qui, à coups de gaz et de décharges électriques, tentaient de le 'neutraliser' (...).

Mais pour Pierre Tavenian, il s'agissait avant tout d'un homme traqué, sous le coup d'un arrêté de conduite à la frontière, qui voulait à tout prix échapper à la police.  "La question qui est posée", estime l'auteur, est beaucoup plus vaste que celle posée par l'usage du Taser : "c'est celle du permis de tuer hors légitime défense dont bénéficient de facto les policiers, du permis de tuer une certaine population en tout cas, et des politiques étatiques qui rendent ces homicides non seulement possibles, mais plus que cela : nécessaires.

Et Pierre Tavenian de conclure : "de cette mise à mort barbare tout juste déplorée le mardi 30 novembre à 20h20 et oubliée dès le lendemain, il importe donc de se souvenir. Il importe de rappeler que ce n'était pas d'un "forcené malien" qu'il s'agit mais d'un homme, qui n'était que malien et qui n'était pas du tout un forcené. Qu'il n'a pas été 'neutralisé' mais tué. Que le coupable ne se nomme ni "Pas de chance" ni "Taser" mais Police nationale, Hortefeux, Sarkozy, et surtout "maîtrise des flux migratoires". Que sont en cause non seulement "50 000 volts" mais aussi "25 000 reconduites à la fontière". Que ce n'est pas un fait divers, mais une affaire d'Etat".

Pierre Tavenian n'est pas le seul à avoir exprimé une saine révolte. Dans un style très particulier, entre rap et accordéon musette, le groupe lillois M.A.P (Ministère des Affaires Populaires) a trouvé non seulement les mots, mais aussi le rythme pour lancer l'alerte et appeler à la résistance contre le sort implacable réservé aux sans-papiers : car oui, "au nom du pays des droits de l'homme, la chasse est ouverte"... 

 

 
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