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05 mai 2010

Joyeux anniversaires!

1145036097018B67.jpgNon, il n'y a pas de faute d'orthographe dans le titre. Ce sont bien deux anniversaires que je veux célébrer. Deux anniversaires très symboliques qui concernent des personnes qui me sont très chères : un Garennois et une Garennoise qui, malgré leur grand âge, ont su, à un moment donné, s'exposer, prendre la parole pour défendre leurs convictions. 

Bernard Dargols a aujourd'hui 90 ans. Il y a tout juste un an, l'hebomadaire Marianne lui dédiait un long article. Bernard était alors le porte-drapeau du collectif "Non à Kleber Haedens", qui s'opposait au nom choisi par Philippe Juvin pour baptiser le second collège de la ville, celui d'un écrivain fascisant qui avait écrit dans des revues pétainistes et antisémites. Ce nom, Bernard n'en voulait à aucun prix. Ce franco-américain y voyait (à juste titre) une insulte au combat qu'il avait mené soixante-cinq ans auparavant, lorsqu'il avait débarqué sur Omaha Beach pour libérer la France de l'oppresseur et de la dictature. Une insulte, aussi et surtout, à la mémoire de tous ses camarades qui y avaient laissé la vie, et dont il n'a jamais oublié le nom ni le visage. 

Cécile Hamm est son aînée de dix ans : elle fêtera demain 6 mai ses cent ans. En 2007, elle avait ressenti, pour la première fois de sa vie, le besoin de s'engager. Pas seulement de cotiser ou de s'encarter, mais de témoigner, de s'exprimer. Cécile fit partie, comme moi-même, de cette "nouvelle génération politique" qui, à travers le MoDem, souhaitait participer à l'élaboration d'un nouveau projet de société, plus humain et plus juste. Le sarkozysme lui inspirait et lui inspire toujours un rejet viscéral. Elle fut ma colistière lors des dernières élections municipales, et à ce titre, la doyenne des candidats alors en lice. Cela lui valut la curiosité des médias, et aussi quelques réflexions de la part de méchantes langues (tout particulièrement au sein de l'UMP locale). Peu lui a importé. A 98 ans, elle était fière de défendre les convictions qui étaient les siennes, et nous étions fiers de la caution morale instimable qu'elle incarnait. 

Bernard, Cécile, je vous souhaite de continuer à nous insufler encore très longtemps cette énergie très particulière qui est la vôtre et qui mêle enthousiasme et expérience, sagesse et malice (est-ce un hasard si vous avez, l'un et l'autre, conservé ce regard bleu pétillant qui trahit votre profonde humanité autant que votre côté rebelle ?). Il m'arrive parfois de vous envier : votre âge vous permet parfois de ne pas vous encombrer de certaines précautions oratoires qu'impose la bienséance.

Pour conclure ce billet, je voudrais encore une fois vous remercier. Votre engagement est un modèle pour nous tous, qui, parfois, sommes tentés de baisser les bras par égoïsme ou par lassitude. Votre engagement nous prouve qu'il y a des combats qui sont justes, légitimes, et que l'on ne doit pas abandonner, parce que les enjeux sont fondamentaux, parce qu'il s'agit des valeurs et de l'héritage que nous voulons transmettre aux générations futures. 

27 avril 2010

France 2, 22h55 : Les Infiltrés au pays des amis de Kleber Haedens

david-pujadas-video-sarkozy.jpegAlors que le gouvernement se défend de vouloir assimiler islam et intégrisme, le magazine de France 2 "Les Infiltrés" dénonce ce soir une autre forme d'extrémisme. L'équipe de David Pujadas a en effet infiltré et fimé en caméra cachée, plusieurs mois durant, un groupuscule nationaliste lié aux catholiques traditionalistes, Dies Irae.

L'émission est semble t-il si dérangeante qu'elle fait scandale. On y voit, semble t-il, un jeune militant haranguer ses troupes pour préparer la prochaine guerre sainte contre les musulmans qu'il faudrait "saigner au couteau". On y voit aussi les écoliers d'une école catholique anonner une comptine sur les camps de concentrations en se disant "fachos".

Le reportage a été tourné en région bordelaise. Il aurait pu l'être dans les Hauts-de-Seine. Car même si je ne sais rien des images qui seront diffusées ce soir, je connais d'avance les discours, les formules, les propos. Autant le bla-bla officiel, policé et propret (celui du bon père de famille attaché aux valeurs fondamentales de notre société et un brin anticonformiste... ), que la version off, nettement plus musclée et franchement raciste et antisémite.

Ces deux versions, nous les avons entendues et combattues pendant plus de neuf mois lors de l'affaire Kleber Haedens. Souvenez-vous, il y a encore un an, le collège des Champs-Philippe s'appelait collège Kleber Haedens, selon la volonté de notre maire Philippe Juvin qui souhaitait lui donner le nom de son écrivain préféré, secrétaire particulier de Charles Maurras pendant l'Occupation et pigiste occasionnel dans plusieurs revues pétainistes et antisémites, dont le tristement célèbre "Je suis Partout". 

Comme le démontre avec efficacité le blog le retour de Buzz, ceux qui tentent aujourd'hui d'interdire la diffusion de l'émission de Pujadas sont exactement les mêmes que ceux qui soutenaient Philippe Juvin dans le choix du nom de Kleber Haedens : des groupuscules royalistes, des partis et mouvements d'extrême-droite, des fachistes autoproclamés.

Une émission que les Garennois regarderont donc avec une attention particulière. Car la crudité du langage tenu par les jeunes bordelais n'est en définitive que la fache cachée d'un autre discours, aujourd'hui politiquement audible sinon correct, qui tend à réhabiliter l'héritage intellectuel de l'extrême-droite.  

15 décembre 2009

Débat sur l'identité nationale ou réhabilitation du nationalisme ?

Il y a quelques jours, j'achevais sur ce blog le récit de l'affaire Kleber Haedens, qui agita notre commune neuf mois durant, d'octobre 2008 à juin 2009. Pour les internautes qui arriveraient ici sans savoir de quoi il retourne, je les renvoie à la lecture de mes trois billets "Adios, Kleber!", qui racontent dans le détail comment un collectif de citoyens est parvenu à obtenir que notre maire, Philippe Juvin (UMP), revienne sur sa décision de baptiser un collège du nom de Kleber Haedens, un écrivain méconnu qui fut le secrétaire particulier de Charles Maurras pendant la guerre, et collabora à de nombreuses publications nationalistes, fascisantes et antisémites, parmi lesquelles l'Action Française et Je Suis Partout.  

Durant toute cette affaire, notre collectif a été taraudé par deux questions : le choix du nom de Kleber Haedens était-il "seulement" un choix personnel de notre maire, amateur autoproclamé de "hussards" et autres "anarchistes de droite" ? Ou bien ce choix était-il le reflet, le symptôme d'une droite décomplexée revendiquant l'héritage spirituel du nationalisme ?

Maintes fois soulevé, ce débat n'a jamais reçu de véritable réponse. Pour ma part, je me suis souvent interrogée sur la seconde hypothèse. Après tout, Sarkozy lui-même, en 2005, avait bien fait allusion au "pays réel" de Maurras, et Hortefeux proclamé "qu'il était anormal de vouer Vichy si longtemps aux gémonies".  

A la vue de l'actualité, aujourd'hui, j'ai bien peur que cette intuition ne soit fondée. Tout le monde, je suppose, a entendu parler du dérapage de Nadine Morano, parlant des jeunes musulmans français, à qui elle demande de ne pas parler verlan et de ne pas mettre leur casquette à l'envers. Des propos d'une rare stupidité sur lesquels je ne m'étendrai pas.

Ce qui m'intéresse, en revanche, c'est le contexte dans lequel ce dérapage est survenu : un débat sur l'identité nationale organisé à Charmes, ville natale de l'écrivain Maurice Barrès, considéré comme le père du nationalisme, et ce, à la demande explicite du député UMP Jean-Jacques Gaultier.   

Au sujet de Barrès, Kleber Haedens écrivait, dans son Histoire de La Littérature Française (le bouquin que Philippe Juvin avait envisagé de distribuer à tous les petits Garennois entrant en sixième, pour développer leur esprit critique...) : "avec le Roman de l'énergie nationale, il révélait le sens de la tradition, des ancètres, de la terre natale enrichie par la présence des morts... Ainsi l'individu, après une exploration magnifique de son univers intérieur, trouvait-il son épanouissement logique dans la société nationale. A l'aube du XX ° siècle, Barrès inventait le nationalisme qu'il éclairait de tous les prestiges de l'intelligence et du frémissement d'un incomparable langage".   

Le Président de l'association locale "Mémoire de Barrès" était invité comme grand témoin à cette édition vosgienne du débat sur l'identité nationale, indique l'AFP. Il a défendu le nationalisme de Barrès, par opposition au cosmopolitisme, et assuré que "la patrie est plus forte dans l'âme d'un enraciné que dans celle d'un déraciné".

Quitte à jouer la provocation, je pense que la symbolique du lieu choisi pour cette réunion, ainsi que la présence d'un disciple de Barrès parmi les invités d'honneur, sont des faits au moins aussi graves que les propos de Nadine Morano.

Que devons-nous en penser ? Ce prétendu débat n'est-il pas, au fond, une manière de réhabiliter une idéologie perverse qui légitime le racisme au nom de la ferveur patriotique ? Quelle sera la prochaine étape ? Barrès, Maurras, Haedens au programme du cours d'éducation civique ?

A La Garenne, nous avons su nous mobiliser pour dire NON à une tentative qui relevait essentiellement de l'hommage symbolique. Ce qui se joue à travers le débat sur l'identité nationale n'est autre que le prolongement de cette affaire : ce sont nos valeurs que l'on cherche à remettre en cause, sous prétexte de les interroger. On nous a déjà soufflé qu'il était temps de mettre des limites à la valeur "solidarité", qui entretient l'assistanat, et de lui préférer la valeur travail et le goût de l'effort. On nous suggère aujourd'hui de mettre de réviser notre conception de la tolérance et de la diversité, parce que notre identité nationale serait mise en danger. 

Il est temps de transposer le combat que nous avons mené à La Garenne et de le porter à une autre dimension, à un autre niveau.   

 

 
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