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25 mars 2010

Centristes ou Démocrates ?

KahnJF-ba170.jpegAprès le nouveau revers que vient d'essuyer le Mouvement Démocrate, la question n'est pas purement réthorique. En fait, elle est fondamentale. 

Peut-être est-ce le contrecoup de l'échec. Sans doute, même. Ces derniers jours, au sein du MoDem, j'entends beaucoup parler de ce "centrisme authentique" qui serait la marque de fabrique originelle du MoDem, son lignage intellectuel mais aussi son avenir, car il n'aurait pas péréclité dans la bataille électorale : simplement, il n'aurait pas été suffisament audible, suffisamment convaincant, suffisamment porteur d'espoir.

C'est le sens de l'analyse faire par Marielle de Sarnez, que vous pouvez lire in extenso en cliquant ICI. Un très belle tribune intitulée "des raisons d'espérer", du baume au coeur pour le moral des troupes. Mais malheureusement, un texte un peu autiste aussi.

Oh, je rejoins Marielle de Sarnez sur bien des points. Oui, l'importance de l'abstention, le retour du vote protestataire d'extrême-droite sont les signes qu'une part importante de la population, parmi laquelle les classes populaires, "ne reconnaissent plus du tout leur place dans le débat politique". Oui, ce scrutin a renforcé le bipartisme. D'un côté, l'UMP, rappelée à l'ordre par la vieille garde chiraquienne, tire les enseignements de sa défaite en se redroitisant et en revenant aux fondamentaux sécuritaires. De l'autre côté, "la gauche plurielle" de Lionel Jospin s'est reconstituée et se trouve renforcée, sans avoir vraiment accouché d'un nouveau projet de société. C'est vrai.

Pour autant, faut-il en conclure que bien qu'ayant touché le fond, nous soyons, "au centre", le seul salut possible pour une société qui ne croirait plus ni dans la droite, ni dans la gauche ? Je sais bien que Marielle de Sarnez n'a pas écrit cela. Elle nous demande seulement de "nous vivre comme une force de transformation de la société française". Tous les militants qui ont gardé intact leur enthousiasme ne peuvent qu'adhérer.

Mais lorsqu'on pèse 4% de voix, on ne peut espérer détenir un pouvoir d'attraction suffisant pour être réellement une force de transformation. Par contre, on peut et on doit être un catalyseur pour faire avancer ce qui peut avancer dans le bon sens. Or l'alliance, indispensable, est possible. D'une part, je ne crois pas le PS figé dans des certitudes archaïques. D'autre part, la réflexion collective autour d'une "troisième voie" est possible, elle est même déjà entamée, par Europe Ecologie et par le Rassemblement de Vincent Peillon. C'est Marielle de Sarnez elle-même qui déclarait lors d'une réunion travail de ce Rassemblement : "ce qui nous unit (les socialistes, les démocrates, les écologistes, les rénovateurs) est plus fort que ce qui nous divise". 

Dès lors, pourquoi Marielle de Sarnez, dans ce long message, ne fait pas une seule allusion au travail entrepris dans le cadre du Rassemblement ? Pourquoi cette crispation sur nos origines centristes, importantes certes, mais qui nous conduisent à nous replier au milieu d'un no man's land, alors que les valeurs démocrates, dont (encore une fois) nous n'avons pas l'exclusivité, nous ouvrent vers des partenariats non seulement possibles, mais souhaitables ? 

Il faudrait être logique. Si l'on veut en finir avec la droite et la gauche, alors il n'y a plus de "centre" non plus. Finissons-en avec des repères spatiaux désuets et réducteurs, reconnaissons ceux avec qui il est possible de construire "non pas une alternance, mais une alternative", pour reprendre les termes de Corinne Lepage.

L'ex vice-présidente du MoDem, puisque j'y fais allusion, livre une analyse du dernier scrutin très proche de celui de Marielle de Sarnez (voir son texte ICI), mais en tire des conclusions toutes différentes quant à l'avenir, en proposant que son mouvement, Cap 21, devienne l'une des chevilles ouvrières d'un grand pôle écolo-démocrate. C'est un début...

En guise de conclusion, je voudrais emprunter à Jean-François Kahn ces quelques mots publiés sur son blog "Tourner la page" : "j'ai tenté de démontrer l'inanité du concept de centrisme comme simple "ninisme", comme "entre-deux" ou neutralité institutionnalisée, donc comme trou. J'y reviendrai d'ailleurs, car c'est absolument essentiel : comment peut-on se définir comme se situant au milieu de deux erreurs, ce qui revient à synthétiser ces deux erreurs? Je l'ai assez dit et répété, il faut tout réinventer. Définir une radicale alternative, non pas au milieu, mais en avant". 

11 janvier 2010

Le Rassemblement : débat au Petit Nanterre

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"Ouvrons le débat et écrivons ensemble les chapitres d'un projet alternatif pour la France" : c'est un slogan qui m'a interpellée. Construire ensemble, démocrates, socialistes, écologistes et même communistes, c'est une évidence, parce que ce les valeurs fondamentales qui nous rassemblent sont beaucoup plus importantes que ce qui nous sépare, et qui, bien souvent, ne relève que du dogmatisme. Le sarkozysme aura eu, au moins, le mérite de nous en faire prendre conscience. C'est aussi une urgence. Notre pays part à la dérive au gré des tocades d'un Président qui n'a pour convictions que quelques sévères allergies (à mai 68, à la fonction publique, aux intellectuels, aux grandes écoles...), et pour seul grand dessein, l'obsession de laisser son nom dans l'Histoire. 

Samedi dernier, donc, j'ai fait mes permiers pas au sein du Rassemblement, en tant qu'observatrice. L'occasion était belle : l'association Zy'Va, qui fait un remarquable travail de prévention et de 'retissage' du lien social dans le quartier du Petit Nanterre, avait convié les principaux leaders du projet à débattre avec les habitants. Le thème était celui sur lesquels les militants avaient planché à Dijon, l'éducation et ses différentes problématiques, dont celle -centrale- de la ségrégation issue de la ghettoisation des territoires. 

Ce billet n'a pas vocation à faire un compte-rendu de cette rencontre, ni d'exposer les différentes propositions formulées par les intervenants politiques (pour en prendre connaissance dans le détail, il suffit d'aller sur le site du Rassemblement). Plus modestement, et très subjectivement, je voudrais juste partager quelques impressions, retranscrire quelques phrases qui m'ont frappées et que j'ai griffonnées à la hâte. 

Première impression : le Rassemblement n'est pas un lieu où l'on cultive le consensus mou. Entre autres, parce qu'il donne la parole à des personnalités atypiques, telles que Gabriel Cohn-Bendit, venu témoigner de ses expériences de pédagogie alternative avec, notamment, le lycée expérimental de Saint-Nazaire. Pour lui, l'école est carrément à réinventer. Profondément inégalitaire parce qu'élitaire, elle évalue les élèves à l'aune d'une culture qui n'est pas la leur : élèves et enseignants n'habitent pas les mêmes quartiers, ne parlent pas le même langage. Beaucoup plus positif et intransigeant vis-à-vis du respect dû à l'institution, Malek Boutih, secrétaire national du Parti Socialiste, a tenu à souligner que "beaucoup ont réussi par l'école, et on continue à réussir par l'école. Mais il s'est instauré un rapport trop utilitariste, consumériste, entre les parents et l"école de leurs enfants".

Deuxième impression : le Rassemblement n'est pas non plus le lieu où l'on cultive les clichés faciles et la langue de bois. Ainsi, quand Vincent Peillon parle d'un "nouveau contrat entre l'Ecole et la Nation", ce n'est pas un simple effet de langage : "l'école doit accepter d'évoluer fondamentalement, de revoir certaines bases (...). Nous devons reformer nos méthodes pédagogiques qui échouent à prendre en compte certaines compétences, (...) réformer aussi nos programmes qui échouent à épanouir tous les élèves". Autre exemple avec Marielle de Sarnez, évoquant l'éternelle question des moyens affectés à l'Education Nationale : "Il ne faut pas sous-estimer les difficultés financières du pays. On ne pourra pas mettre plus d'argent dans l'école, mais on doit lui garantir une stabilité des moyens pour lui permettre d'avoir de vraies perspectives". Dernier exemple, Marielle de Sarnez toujours, faisant allusion à la polémique concernant l'ouverture des grandes écoles aux élèves issus de milieux modestes : "ce n'est pas au niveau des grandes écoles qu'il faut s'attaquer aux inégalités. C'est à l'école maternelle, au CP, au CE1, qu'on devrait mettre le paquet pour détecter les problèmes, quitte à faire des classes de dix ou douze élèves, et des amphis de 40 au lycée! Il faut éviter de reporter toujours sur l'échelon supérieur les difficultés qui n'ont pas été réglées..."  

Troisième impression : beaucoup de convergences et un grand respect, qu'il s'agisse des intervenants entre eux ou des intervenants vis-à-vis du public (parents, enseignants, responsables d'associations). Quelque chose est en train de s'ébaucher, et promis, j'apporterai ma pierre au prochain chapitre, qui traite de la question difficile mais pourtant incontournable de nos institutions. 

17 novembre 2009

Préparer l'alternance : les fondations sont jetées

A Dijon ce week-end, un incident a éclipsé un évènement. Si la venue importune d'une Ségolène Royal frustrée de ne pas pouvoir jouer les divas a régalé les médias, l'essentiel était ailleurs, dans un Rassemblement inédit de militants socialistes, écologistes et MoDem bien décidés à définir ensemble les termes d'une nouvelle offre politique. Après une première rencontre à Marseille en août, il s'agissait de plancher sur un sujet fondamental entre tous : l'avenir de l'école. 

Difficile de retracer un évènement auquel je n'assistais pas... par contre, il me paraît important de partager avec vous les "moments forts" des discours de clôture prononcés par Vincent Peillon (PS) et Marielle de Sarnez : voilà des mots, des phrases, des convergences qui laissent espérer l'avènement d'une véritable force d'alternance. Une force solide, qui reposera sur ces convictions partagées et pas sur des alliances de circonstance. Une force susceptible de réconcilier avec la politique un grand nombre de ceux qui ont cessé de s'y intéresser, écoeurés par les promesses démagogiques, les magouilles et les querelles d'égo.     

Plutôt qu'un résumé, ou qu'une analyse de texte, je vous propose des extraits choisis, des phrases qui me sont allées droit au coeur.   

Marielle de Sarnez : "Si nous sommes républicains et démocrates, épris de justice, alors ce qui nous rassemble doit être plus fort ce ce qui nous sépare" (...) "Pour gagner, il faudra mobiliser toutes les forces disponibles. Tous les républicains, tous les démocrates, quelle que soit leur préférence de parti, leur histoire, doivent peu à peu être rendus compatibles les uns avec les autres (...). Ce ne sera pas difficile : en fait, ce ne sont pas les idées qui séparent, ce sont les préjugés".  

Marielle de Sarnez encore : "Nous avons la charge de reconstruire ensemble un pays qui ne va pas bien et de ce pays nous sommes tous citoyens, coresponsables de l'alternance". 

Vincent Peillon : "Nous devons nous adresser à l'intelligence de nos concitoyens et agir dans la durée. Nous devons réintroduire le sens de l'intérêt général, et celui du temps, dans la vie politique" (...). "Le Rassemblement n'est pas un parti politique. Son objet est de construire des passerelles entre des personnalités, des militants, des citoyens qui veulent construire un projet pour 2012. C'est une matrice de débats, de propositions (...). 

Vincent Peillon plus loin : "Personne n'est propriétaire du Rassemblement. Il appartient, comme la France républicaine, à toutes celles et à tous ceux qui partagent une communauté de valeurs et veulent construire ensemble un destin commun". 

A propos de l'école, des orientations ont été suggérées, débattues. Certaines très consensuelles, comme la revalorisation de la filière professionnelle "qui ne doit plus être vécue comme un déclassement". Ou encore l'absolue nécessité de garantir à tous les élèves la maîtrise du français, thème cher à Marielle de Sarnez : "dans ce que la République doit à ses jeunes enfants pour qu'ils accèdent à l'autonomie, je veux insister devant vous sur la langue. La langue, c'est le pouvoir et la vie. L'expression des émotions, la présentation de soi même, l'empathie, l'autorité, la reconnaissance, le rire, l'analyse, tout cela, c'est la langue. C'est le nécessaire et presque le suffisant (...)", a t-elle affirmé, avant de dénoncer : "ceux qui exercent le pouvoir n'ont pas bien compris, puisqu'ils nous expliquent que pour redorer la filière littéraire, on va en faire une filière internationale!"

D'autres propositions avancées sont plus iconoclastes : refondre le calendrier scolaire pour alléger la journée des écoliers (la plus longue d'Europe), réformer le métier d'enseignant pour mieux le revaloriser (proposition soutenue par Peillon), ou encore diversifier les enseignements au collège pour que ceux qui décrochent de l'enseignement traditionnel ne soient plus exclus du système scolaire.

Pas encore un programme (chaque chose en son temps), mais déjà une base de réflexion, du matériau pour construire ensemble. "L'espoir qu'une autre France, plus juste, plus démocratique, plus ouverte sur le monde soit possible pour 2012 est plus fort ce soir qu'il n'était ce matin", a pu conclure Vincent Peillon.

Prochain rendez-vous du Rassemblement début 2010, sur un thème prometteur : la VI République, une république démocratique, sociale, laïque et durable.

 
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