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12 septembre 2011

Devoir de résistance : quand l'INSEE tacle Guéant

guéant,insee,xénophobie,racisme,résistanceVoici donc venue l'heure de la rentrée pour ce blog, mis en sommeil pendant l'été. J'ai eu, je l'avoue, la tentation de ne pas le rouvrir, malgré ses quelques 200 lectrices et lecteurs quotidiens. Après tout, pourquoi s'escrimer à mettre en exergue ce que je dénonce page après page, abus de pouvoir, dérives antionalistes, xénophobie ambiante ? L'air du temps est déjà tellement vicié, et tellement de gens indifférents à ses effluves nauséabondes. Sans parler de ceux qui vous traitent aimablement de terroristes du politiquement correct...

Et pourtant, me voici ce 12 septembre en train d'écrire ces lignes. Ceux qui m'ont redonné l'énergie de me battre ne se trouvent pas parmi les rangs des politiques, tellement occupés, eux, à leur petite tambouille électorale. Non, ce sont de simples fonctionnaires qui ont usé de leur devoir de résistance pour faire en sorte que leurs travaux ne soit pas déformés et récupérés pour nourrir la propagande d'Etat.

Rappelez-vous, en mai dernier, Claude Guéant créait la polémique en affirmant que les enfants d'immigrés représentaient deux tiers des enfants sortant sans qualification du système scolaire : un pourcentage destiné à prouver que l'intégration, cela ne fonctionne pas -pourquoi continuer à payer pour la scolarité d'enfants voués à l'échec, bonnes gens-?

Basé sur une interprétation très personnelle de chiffres publiés par l'INSEE en 2005, ce chiffre avait été contesté par de nombreux médias, dont Libération, mais Guéant s'était obstiné dans ses déclarations. C'est alors que les agents et les syndicats de l'INSEE sont entrés en scène, exigeant de leur direction qu'elle démente sans ambiguité les propos inacceptables du ministre de l'intérieur.

Après un premier refus, qualifiée par le personnel d'abdication face au pouvoir, la direction a dû céder et publier un communiqué stipulant noir sur blanc que le ministre s'était trompé. La véritable proportion d'enfants issus de l'immigration, parmi l'ensemble des élèves sortant de l'école sans qualification, est en effet de 16 %.

Bravo au personnel de l'INSEE, et merci à eux de m'avoir donné une bonne raison de poursuivre mon combat personnel. 

PS : des amis m'ont informée qu'une tribune municipale, signée de monsieur Perrée (mais est-ce bien lui qui l'a écrite ?), me mettaient en cause sans me nommer, au sujet du billet précédent. Je ne m'abaisserai pas à répondre à cette tribune pitoyable dont chacun aura pu apprécier la mauvaise foi. 

06 décembre 2010

"Pour le malien", les mots de la révolte

41Vt0sMPL6L__SS500_.jpgJe n'ai pas parlé sur ce blog du décès de cet homme sans-papiers, victime semble-t-il d'un nouveau cocktail mortifère : gaz lacrymogènes + double décharge de Taser. Cela se passait pourtant à quelques kilomètres de chez moi, à Colombes, le 30 novembre dernier. Non pas que j'aie été indifférente à cette information. Simplement, parfois, l'écoeurement l'emporte sur la révolte, et sur l'inspiration.

Heureusement, la blogosphère a ceci de bon que d'autres trouvent les mots qui vous manquent, à un moment donné. En l'occurence, il s'agit de Pierre Tavenian, professeur de philo, fervent défenseur des libertés publiques et cofondateur du blog engagé "les mots sont importants". Pierre Tavenian, donc, a écrit un texte magnifique, intitulé "Pour le malien", dont je reproduis ci-dessous que quelques extraits (pour lire le texte en entier, cliquer ici).

Pour Pierre Tavenian, donc, une première raison de s'indigner : l'homme décédé mardi 30 novembre n'a jamais eu d'identité. "Il n'a pour nous ni nom, ni visage, ni femmes ni enfants, ni frères ni soeurs, ni père ni mère, ni ami-e-s en deuil. Les premières dépêches l'ont appelé 'un malien', les suivantes l'ont apellé 'le malien'. Certains journalistes l'ont encore appelé, encore plus salement, 'le forcené', parce que son gabarit -seule information à laquelle nous avons eu droit- était "impressionnant", dixit la sacro-sainte 'source policière', et parce qu'avec un marteau il avait 'blessé légèrement' quatre policiers qui, à coups de gaz et de décharges électriques, tentaient de le 'neutraliser' (...).

Mais pour Pierre Tavenian, il s'agissait avant tout d'un homme traqué, sous le coup d'un arrêté de conduite à la frontière, qui voulait à tout prix échapper à la police.  "La question qui est posée", estime l'auteur, est beaucoup plus vaste que celle posée par l'usage du Taser : "c'est celle du permis de tuer hors légitime défense dont bénéficient de facto les policiers, du permis de tuer une certaine population en tout cas, et des politiques étatiques qui rendent ces homicides non seulement possibles, mais plus que cela : nécessaires.

Et Pierre Tavenian de conclure : "de cette mise à mort barbare tout juste déplorée le mardi 30 novembre à 20h20 et oubliée dès le lendemain, il importe donc de se souvenir. Il importe de rappeler que ce n'était pas d'un "forcené malien" qu'il s'agit mais d'un homme, qui n'était que malien et qui n'était pas du tout un forcené. Qu'il n'a pas été 'neutralisé' mais tué. Que le coupable ne se nomme ni "Pas de chance" ni "Taser" mais Police nationale, Hortefeux, Sarkozy, et surtout "maîtrise des flux migratoires". Que sont en cause non seulement "50 000 volts" mais aussi "25 000 reconduites à la fontière". Que ce n'est pas un fait divers, mais une affaire d'Etat".

Pierre Tavenian n'est pas le seul à avoir exprimé une saine révolte. Dans un style très particulier, entre rap et accordéon musette, le groupe lillois M.A.P (Ministère des Affaires Populaires) a trouvé non seulement les mots, mais aussi le rythme pour lancer l'alerte et appeler à la résistance contre le sort implacable réservé aux sans-papiers : car oui, "au nom du pays des droits de l'homme, la chasse est ouverte"... 

 

 
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